"Not All that Jazz"

Compte-rendu Paal Nilssen-Love Large Unit, 21 juin 2015 @ Sala Rossa…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at
L’avant-jazz du Large Unit

Mon Suoni 2015 se terminait dimanche soir avec le 2e concert en sol montréalais du Paal Nilssen Love Large Unit. En plein milieu d’une importante tournée qui débuta le 13 juin à Brooklyn, pour se terminer à Seattle le 28 juin (13 villes, 14 concerts) le Large Unit remettait ça à la Sala Rossa, après y avoir joué la veille. On annonçait un spectacle complètement différent.

Paal Nilssen-Love Large Unit, 21 juin, Sala Rossa, 21h

Le Large Unit, ce sont 11 musiciens, dont plusieurs font partie du renouveau jazz scandinave. Son leader est le super batteur Paal Nilssen-Love, et il forma ce groupe avec l’objectif de donner une tribune aux jeunes talents suédois en particulier. On peut découvrir cet ensemble en écoutant l’album triple Erta Ale, paru en 2014 sur le label de Nilssen-Love, PNL. Un nouvel EP est disponible depuis peu, Rio Fun. La deuxième partie du concert revenait sur la matière de ces disques avec de nouvelles compositions.

Petite et grande formation

Pour le premier set toutefois, nous avons eu droit à 4 mini formations (small combos) se succédant adroitement pendant 45 minutes. Le concert débuta avec le batteur Andreas Wildhagen et Tommi Keränen à l’électronique.

C’était assez gras merci comme départ, Keränen surprenant un peu tout le monde en saturant l’espace bien comme il faut, avec des couches de noise. Puis vinrent les remplacer Per Åke Holmlander au tuba, Mats Äleklint au trombone, et Thomas Johansson au cornet. J’ai bien aimé le jeu du cornettiste, incisif et expressif. La transition se poursuivit avec un autre trio, cette fois celui du guitariste Ketil Gutvik, du contrebassiste Jon Rune Strøm et de la saxophoniste Julie Kjaer. On remarqua la technique particulière du guitariste Gutvik. Très percussif, il frappe les cordes, les pinces rapidement, sans jamais réellement enchaîner des accords faciles. Il jouera aussi de la guitare « préparé ». On pense à Marc Ducret.

Finalement, le leader s’installa derrière sa batterie pour un dernier trio, avec au sax alto Klaus Ellerhusen Holm et Christian Meaas Svendsen à la contrebasse. Sans doute le meilleur moment de la première partie, grâce à la polyrythmie de Nilssen-Love, mais surtout au jeu endiablé de Christian Meaas Svendsen à la contrebasse. Super rapide, il se démène tel un Barry Guy utilisant parfois une baguette de batterie sur les cordes, la coinçant. Il jouera aussi avec l’archet couvrant la totalité de son instrument.

Nous étions ici dans l’improvisation plutôt brute, peut-être un peu codée dans le temps, afin d’amorcer les transitions puisque jamais la musique ne s’arrêtera. Chacun des musiciens a ainsi pu se mettre en valeur, nous démontrer sa personnalité et se réchauffer pour la suite.

Décharge scandinave

Au retour de la pause, nous avions droit à l’ensemble complet et ce fut un mur de son comme le veut l’expression consacrée, d’autant plus que le groupe jouait sur un praticable devant la scène, et non sur la scène. Nous étions très près du groupe. Le programme consista en 4 compositions assez différentes l’une par rapport à l’autre, avec un 5e morceau au rappel suite à une ovation. Le public fut réceptif toute la soirée, acclamant les bons climax. Car climax il y a eu.

Sans révolutionner le genre, le Large Unit propose un jazz parfois très minimaliste, épuré, exploratoire, avant de se soulever afin d’atteindre un jeu d’ensemble précis où le groove explose. Nous sommes alors proche du rock, voir punk-rock. La présence de deux batteurs et de deux contrebasses/guitares-basses procure des effets de polyphonie pouvant délivrer des décharges énergétiques intenses. Le deuxième morceau (“Culius“ ?) fut en ce sens un bel exemple du potentiel de ce groupe. Longues improvisations, montée dramatique, bass-groove, up-tempo, thème d’enfer, couches subtiles d’électros, cris de la foule ! Une réussite. La meilleure pièce de mon Suoni 2015. Le Large Unit en pleine action balance entre la musique intellectuelle et les tripes.

Il ne faut pas penser que c’est up-tempo tout le temps. C’est plutôt le contraire. On joue beaucoup sur les nuances, les solos (parfois moyens), l’improvisation lente, en progression. On prend le pari de l’écoute et de la retenue. On joue rarement tous en même temps. Néanmoins, c’est lorsque le groupe est en mode « full swing » que l’on apprécie davantage cette musique. Assez généreux, le 2e set se conclura calmement, avec un rappel au long solo de flûte de Julie Kjaer, pour plus d’1h15 de musique au total.

Je ne crois pas que l’on peut crier au génie avec ce groupe, puisque les procédés utilisés sont largement connus des jazzophiles. Cependant, le résultat final mérite l’ovation. Il faut dire qu’il est ambitieux aujourd’hui de mener un tel projet dans une tournée qui, j’en suis sûr, marquera chacun des musiciens du groupe. Il est aussi très intéressant de pouvoir séparer l’ensemble en plusieurs sous-groupes. Qui sait, peut-être qu’avec le temps, le Large Unit deviendra une sorte de Jazz Messenger de son époque.

Le Suoni est déjà terminé. Je me retrouve avec 3 affiches, 1 CD-R, un vinyle, un tee-shirt du Large Unit (y avait même des bobettes !), quelques frissons et plusieurs beaux souvenirs soniques.

-Maxime Bouchard

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