"Not All that Jazz"

Compte-rendu Enrico Rava Quintet et Phronesis, 27 juin 2015 @ FIJM

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at

Ce qui au départ allait être une soirée tranquille, s’est plutôt transformé en un festin musical. Retour sur ma deuxième soirée au 36e Festival international de jazz de Montréal.

Je suis arrivé un peu plus tôt samedi, histoire d’aller voir cette nouvelle scène Club Jazz Casino de Montréal. Voilà une belle idée que celle de transformer cet îlot près du Gesù en un club à ciel ouvert. La scène est suffisamment isolée pour concentrer l’écoute du spectateur. Les mouvements de foule s’avèrent plus limités, proposant alors une expérience de spectacle supérieure à d’autres scènes. Il y a aussi un bar à huîtres dans un décor un brin Nouvelle-Orléans. Nous avons eu le temps d’entendre les deux premiers morceaux du Kyle Shepherd Trio, d’Afrique du Sud. Le spectacle débutait très bien, avec un gros piano trio aux longs mouvements assez percussifs. Puis je marchai à travers la foule jusqu’au Monument-National, où l’on présentait le Enrico Rava Quintet à la Salle Ludger-Duvernay.

Soupstar, 27 juin, Salle Ludger-Duvernay, 20h

En ouverture du quintet, le pianiste Giovanni Guidi et le tromboniste Giancula Petrella réchauffèrent la foule énergiquement. Voilà un duo particulier misant sur une expressivité contagieuse. C’était parfois plutôt lourd, le tromboniste empruntant des effets de langues dans un registre bas. Un mélange de Jeb Bishop, Robin Eubanks et Roswell Rudd, mais plutôt classique, préconisant les longues notes et un jeu assez rapide. Au piano, Guidi couvre l’ensemble du clavier, bougeant constamment, levant les jambes, on s’attend presque à ce qu’il dépose le pied sur les ivoires, tel Jerry Lee Lewis. Ce fut plutôt le coude ! Bannnngggg. Il marmone aussi en jouant, ce qui peut agacer. Il fait penser à Keith Jarrett un peu, avec du Don Pullen dans le corps et du Stefano Bollani. Il tapisse beaucoup, se la joue romantique, pousse le tromboniste dans ses retranchements. Je crois qu’ils jouèrent des compositions avec une piste de départ pour laisser place à l’improvisation libre par la suite. Un 50 minutes chaudement applaudi.

 Enrico Rava Quintet, 27 juin, Salle Ludger-Duvernay, 21h15

Puis vint le plat de résistance. C’était la première fois que j’assistais à un concert du trompettiste Enrico Rava. Sans être un grand fan, j’ai quelques albums et j’aime bien ce jazz parfois ténébreux associé à l’étiquette ECM. Je ne pensais pas qu’en concert, Rava préconisait le jazz moderne assez up-tempo, qui arrache même. Outre Rava, Guidi et Petrella, nous retrouvions Gabriele Evangelista à la contrebasse et Fabrizio Sferra à la batterie. Ce fut un concert d’environ 1h25, où plusieurs morceaux s’enchaînèrent sans coupure. Un jazz assez progressif, modal, propulsé par un bon batteur et un pianiste hyper-présent. Les lignes mélodiques du trombone et de la trompette s’ajustaient bien, parfois en contre-point, parfois à l’unisson. Rava ne souffle plus très fort, il faut le dire, et ses solos seront brefs. N’empêche, les compositions permettent à tous les musiciens de briller dans un enrobage en clair-obscur. La musique est parfois sombre, parfois lumineuse. Rien de statique, ça coule, c’est mouvant. On passe d’un univers plutôt boppy américain, à quelque chose de circassien, avant de tomber dans le fellinien. Un spectacle assez rodé qui ne doit pas réserver beaucoup de surprise aux amateurs de Rava. Un concert en forme de récital. J’ai bien aimé.

Phronesis, 27 juin, Gesù, 22h30

Après le spectacle d’Enrico Rava Quintet, j’ai pris ma bicyclette et me suis rendu au Gesù, au cas où. Je n’avais pas de billet de presse pour ce concert, mais j’ai suivi mon instinct et j’ai tenté ma chance. En rentrant dans le Gesù, j’ai croisé un monsieur. Il avait un billet en trop. Une belle place, avec vue sur le drummer, à 20 piastres. J’ai pas hésité. « As-tu déjà vu le groupe ? Le batteur est malade ! Pour ça qu’on est de son bord », m’a-t-il glissé

Juste eu le temps de prendre mon siège que le spectacle commençait. Et quel spectacle ce fut ! Je ne connaissais pas vraiment le trio Phronesis, seulement de nom et de réputation. Je fus alors plus que surpris. Étant un ancien grand fan de E.S.T, j’ai ressenti le même genre d’émotion que me procurait l’ancien groupe d’Esbjörn Svensson. C’est beaucoup moins dramatique par contre, et plus dynamique. Les pièces sont plutôt courtes, une dizaine de minutes environ, et elles font penser parfois à des chansons, mais sans refrains. On pense nécessairement à The Bad Plus aussi, mais c’est une musique plus ronde il me semble, moins carrée. Il y a quand même plusieurs brisures rythmiques, le batteur variant souvant son approche, comme des petites cellules qu’il déplace. Sur sa caisse claire, il y a un linge amortissant ses frappes et il joue souvent des cymbales, certaines ayant des petites cloches dessus. Son beat se rapproche aussi d’un « beat-box » tellement c’est rapide et saccadé. De ma position, c’est lui que j’observe, le pianiste m’étant plus éloigné. Ce dernier est toutefois très habile, avec une approche harmonique tendant vers Brad Mehldau et l’esthétique européenne. Il y a un peu d’acid-jazz dans cette musique.

La majeure partie du concert fut concentrée autour des compositions du dernier disque (Life to Everything, 2014). Le contrebassite prendra la parole entre les morceaux, blaguant. Il semble être le leader de la formation. Ils finirent le concert avec des plus vieux morceaux tout aussi énergiques. Un jazz compact allant droit au but, avec plusieurs montées mélodiques.

La foule se manifestait bruyamment, applaudissant fortement après les morceaux, et sifflant même. Il y avait de l’ambiance. Impossible de ne pas sortir du Gesù revigoré. Tout le monde souriait, tout le monde était content…

Mon 20 dollars le mieux dépensé de ma semaine !

-Maxime Bouchard

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