"Not All that Jazz"

Compte-rendu Christian Scott, 28 juin 2015 @ Upstairs…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at

C’est à l’Upstairs que je retournais dimanche soir pour le 2e set du trompettiste Christian Scott.

Originaire de la Nouvelle-Orléans, celui qu’on appelle aussi Christian aTunde Adjuah a le vent dans les voiles depuis quelques années, notamment depuis la sortie du disque double Christian aTunde Adjuah, paru en 2012 chez Concord.

Son style de jazz a même un nom : le stretch music. C’était la première fois que j’assistais à l’un de ses concerts.

Christian Scott, 28 juin, Upstairs, 22h

Il y avait foule et l’ambiance était bonne. En attendant le début du set, je parlai un peu avec mon voisin au bar. Ce touriste de Philadelphie était en ville pour le week-end, histoire d’assister à quelques concerts. « I’m here for my man… Stanley Clarke ! » Photos à l’appui, il passa la journée du samedi avec le célèbre bassiste. « I was backstage man ! » C’est ce que j’aime de ce jazz bar durant le FIJM, l’intimité de l’endroit, la proximité des musiciens, et ce genre de rencontre avec des fans d’un peu partout.

Le set débuta vers 22h10, lorsque les cinq musiciens montèrent sur scène. Vêtu d’un long t-shirt blanc, où le visage d’un Noir était caché au niveau des yeux par le logo des Bulls de Chicago, Scott, chaussure de basket-ball Nike aux pieds, était accompagné d’Elena Pinderhughes à la flûte, Luques Curtis à la contrebasse, Joe Dyson à la batterie, et de Lawrence Fields au piano. Ils débutèrent par une nouvelle composition, “Twins“, qui se retrouvera sur le nouveau disque du trompettiste prévu début septembre sur son propre label Stretch Music. Une application mobile sera aussi disponible !

Puis le saxophoniste alto Braxton Cook rejoigna l’ensemble afin d’interpréter une très belle version d’“Equinox“, de John Coltrane, que l’on retrouve sur Coltrane’s Sound (Atlantic, 1960). Ils jouèrent au total 5 morceaux, dont “Liberation Over Gangsterism“ et “New Heroes“, composition du pianiste Lawrence Fields.

Hard bop actuel

La musique que propose ce sextet est enracinée dans la tradition jazz afro-américaine. Ça bounce, c’est puissant. Un post-bop/hard bop proche d’un jazz circa 1960-1970. Je n’ai pas trouvé que l’on réinventait quelque chose ici, mais plutôt que l’on actualisait le meilleur du jazz de cette époque. J’ai aussi trouvé que c’était moins conceptuel que sur disque, plus vivant.

La particularité du stretch music est certainement la place accordée aux solistes, car plusieurs solos il y aura. Souvent, la pièce débutera en sextet, avant de laisser chacun des musiciens y aller d’un vigoureux solo. La section rythmique, elle, n’arrête jamais, poussant toujours la musique vers l’avant. Pendant ce temps, Scott commentera le jeu, indiquant à ses collègues combien de mesure à jouer, riant.

Il est clairement une figure charismatique, un leader incontesté, ayant une vision claire de ce qu’il souhaite pour sa musique. Son groupe le suit, mais jamais il ne prend trop de place. C’est plutôt le contraire. Ses solos sont l’exemple parfait d’une certaine retenue expressive. Oui ça explose, mais il ne joue pas trop longtemps, chaque note semble pensée. Il se tortille en jouant, se penche, sa trompette crie, c’est beau et intense. Parfois, il s’approche très près du micro. Dans ce timbre et son jeu, je crois entendre du Freddie Hubbard, un peu de Dizzy, un peu de Terence Blanchard.

Nouvelle génération

Il faut aussi noter la présentation des musiciens. Rarement vu une présentation aussi efficace et complète. Peut-être un peu longue, mais tout de même. Trop souvent on nomme les personnes sans trop comprendre, enterrées par les applaudissements. Pas cette fois. Scott raconte des anecdotes, explique pourquoi tel musicien est bon, flatte leur égo, où ils se sont rencontrés, etc. Ça met un peu en contexte. On s’entend que ce sont des musiciens encore en développement.

Nous avons ainsi appris qu’Elena Pinderhughes a reçu le Presidential Scholar à la fin de ses études secondaires, qu’elle est maintenant au Manhattan School of Music, et qu’elle a seulement 20 ans ! Le saxophoniste Braxton Cook en a 24 et un EP à son actif, Sketch. Le batteur Joe Dyson a 25 ans, un trio nommé The Bridge Trio; lui et Scott se connaissent depuis qu’il a 9 ans. Le contrebassiste Luques Curtis, 31 ans, vient d’Hartford, tandis que Lawrence Fields est de Saint-Louis; ils se sont rencontrés au Berklee College of Music. Il est membre de Sound Prints avec Dave Douglas et Joe Lovano (je recommande d’ailleurs leur album Live at Monterey Jazz Festival, Blue Note, 2015).

Des détails me direz-vous, mais j’aime ce genre de détails, car quelque part cela transparait dans la musique. L’énergie qu’il y a entre les musiciens, cette camaraderie, ce passé commun s’inscrit nécessairement dans leur attitude sur scène. Et cette jeunesse ! On se rappellera du passage de Christian Scott à l’Upstairs avec cet ensemble.

En partant, j’ai complimenté le jeu de Pinderhughes : « You have a bright futur ahead ». J’ai serré la main du trompettiste : « I like your t-shirt. I used to buy records there », qu’il m’a dit. C’est que je portais mon t-shirt de Peaches Records, très beau magasin de la Nouvelle-Orléans que j’ai visité. Puis j’ai remercié le monsieur qui m’avait vendu son billet en trop pour Phronesis. Oui, il était là, un vrai fan de jazz… Le même monsieur qui cria « caramba » aux deux spectacles !

Caramba indeed.

-Maxime Bouchard

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