"Not All that Jazz"

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Compte-rendu lancement de saison de Multiple Chord Music,6 octobre 2015 @ Casa del Popolo…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at
Jazz urbain…

Le label de jazz MCM nous avais donné rendez-vous le 6 octobre à la Casa del Popolo dans le cadre de L’OFF Festival de Jazz. De type « showcase » cette soirée était un beau prétexte pour découvrir une certaine frange du jazz moderne québécois.

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Compte-rendu Uri Caine, 5 juillet 2015 @ Gesù…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at

Le festival de jazz se terminait dimanche soir par la prestation solo du pianiste américain Uri Caine. Notamment connu pour son hybridation de la musique classique et jazz, il possède un indéniable talent lorsqu’il performe seul. Fort de son plus récent disque solo, Callithump (Winter & Winter, 2014), il revenait à Montréal après nous avoir présenté son projet autour des Variations Goldberg il y a quelques années. Notons que son concert n’avait rien à voir avec la matière de Callithump, où l’on retrouve des compositions originales.

Uri Caine, 5 juillet, Gesù, 22h30

Pour sa performance de dimanche soir, il joua presque dans l’anonymat festivalier (moins de 80 personnes ?). Sans flafla, il arriva sur scène, salua la foule, et entama ce qui allait être une brillante démonstration pianistique, une véritable leçon de piano. En 1h30, il nous démontra toute l’étendue de sa palette, en préconisant un jeu beaucoup plus jazz que classique. On pourrait situer son style proche de Sylvie Courvoisier, Irène Schweizer, Marilyn Crispell, mais avec des touches américaines comme Art Tatum et Bud Powell.

Il débuta le concert avec du Fats Waller (« Honeysuckle Rose »), pour ensuite enchaîner vers Mozart dans une subtile transition. Puis un long segment fut réservé à la musique de son projet autour de Gustav Mahler. Suivra, entre autres, une version de « It Don’t Mean a Thing », « Blackbird » des Beatles, « Someday My Prince Will Come » et « Maple Leaf Rag », de Scott Joplin. Ceci dit, il improvise largement, n’a pas de partition (peut-être un petit setlist dans sa tête ?). Ce n’est pas tant free que classique… plutôt du néo-classique-free-swing ? Un jazz plutôt carré, musculaire, expressionniste.

Uri Cain joue rapidement, on reconnaît les influences du stride et du rag time dans son approche. C’est parfois assez swing, bop, avec une main droite hallucinante aux propensions percussives. C’est un style de piano jazz soutenu, où beaucoup de notes sont jouées à la minute. Il couvre l’ensemble du clavier, ne daignant pas quelques mesures atonales. Il citera plusieurs œuvres (classiques comme jazz), sans pour autant tomber dans le pastiche. Voilà un pianiste vigoureux, assez originale, proposant un jazz sur le qui-vive accaparant l’attention. On ne regarde pas sa montre, mais on se laisse surprendre par l’imagination du pianiste, son caractère encyclopédique, sa gymnastique à cheval entre deux héritages, jazz américain et classique européen.

Nous étions peu nombreux, mais il y avait quelques visages de la gang que je croise à la Sala Rossa. De fins connaisseurs qui rapporteront le souvenir d’un très belle vision du piano solo offerte par un pianiste hors-norme.

-Maxime Bouchard

Compte-rendu Ron Carter Quartet, 4 juillet 2015 @ Ludger-Duvernay…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at

Lorsqu’une légende de la contrebasse débarque en ville pour jouer sa musique, tu te considères chanceux d’être dans la salle.

Ron Carter meuble mon univers musical principalement grâce à son association avec le deuxième quintette de Miles Davis. Je ne peux prétendre l’avoir beaucoup écouté en tant que leader. J’ai seulement deux albums, Bass and I (Blue Note, 1997) et Where (Prestige, 1961). Je le connais plutôt en tant qu’accompagnateur sur des dizaines d’albums, surtout chez Blue Note et CTI. Sur son site internet, on peut lire qu’il participa à plus de 2 000 albums… 2 000 ! L’étoffe des plus grands.

Ron Carter Quartet, 4 juillet, salle Ludger-Duvernay, 20h

Pour ce concert, Carter était accompagné de son groupe Foursight, dans un concept nommé Dear Miles (du moins sa tournée européenne porte ce nom, et vu la setlist de samedi soir, je crois que nous avons eu la même matière). Outre Ron Carter à la contrebasse, le groupe est formé de la pianiste Renee Rosnes, du batteur Payton Crossley et du percussionniste Rolando Morales-Matos. Ce dernier vola presque le show ! Ce fut une soirée élégante, où le jazz proposé regardait définitivement vers le passé. L’axe principal fut la musique et l’univers de Miles Davis, avec des pièces comme « If I Were A Bell », « Blue In Green », « My Funny Valentine », « You and the Night and the Music ».

Mid-tempo dans l’ensemble, avec quelques moments plus rapides, la musique du quatuor s’enraçinait dans les influences du jazz modal, du post-bop, le tout pimenté par des saveurs latines et western. Il fallait voir Rolando Morales-Matos se démener aux percussions, sortant des tours de son sac, regardant le public, s’amusant, saupoudrant les pièces de multiples sons et bruits. Parfois, on croyait entendre un cheval galoper dans la prairie, ou des insectes bourdonner dans la pampa. Une révélation dans mon cas, ce percussionniste. Très belle utilisation dans ce format en quatuor. Lui et Carter semblent posséder une belle chimie, et ils échangeront quelques beaux duos.

Pour sa part, la pianiste Renee Rosnes joue dans un registre rappelant nécessairement Bill Evans et Wynton Kelly, une approche assez impressionniste. Elle accompagne parfaitement le leader et le percussionniste, qui sont ici les têtes d’affiche. Ron Carter joue assis sur un tabouret et ne fait pas ses 78 ans. Grand, un colosse du jazz qui en impose par sa voix lorsqu’il prend le micro, histoire de présenter les morceaux avec une touche d’humour à l’avenant. De son instrument, il dégage un beau son rond, très boisé et chaud. Il n’impressionne pas tant par la vitesse de son jeu, mais plutôt par sa précision et les multiples variations qu’il apporte au niveau du rythme. Il aime beaucoup citer des œuvres du canon jazz, les oreilles averties captant ne serait-ce que le début d’un thème que le voilà déjà ailleurs. Il prit un excellent solo sur « Blue in Green », où il cita Bach (Suites pour violoncelle).

Toutefois, le son était encore un peu déficient à la salle Ludger-Duvernay, comme lors de mes deux concerts précédents (Enrico Rava et Vijay Iyer). Le percussionniste fit des gros signes au gars de la technique pour lui demander de monter le son de la contrebasse, étouffée dans le mixte. Les choses s’améliorèrent tranquillement par la suite, sans que cela ne gâche la soirée.

Le concert se termina par un beau rappel, pendant lequel Carter joua un solo pour le plus grand plaisir des nombreux spectateurs qui quittèrent le cœur joyeux et l’âme en paix, Ron Carter se permettant même un « See you next year ».

-Maxime Bouchard

Compte-rendu Wayne Shortet Quartet, 30 juin 2015 @ Maison Symphonique…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at
Jazz moderne à la Maison Symphonique

Pour la 3e fois en 4 ans, le Wayne Shorter Quartet avait rendez-vous avec les festivaliers montréalais. La magie allait-elle opérer de nouveau ?

Joey Alexander, 30 juin Maison symphonique, 19h

La tâche d’ouvrir la soirée revenait au pianiste Joey Alexander. Tout à fait seul sur la grande scène, il débuta par deux compositions originales, « Solitary Mood » et « Ma Blues ». Puis il joua les deux classiques « My Favorite Things » et « Footprints », que l’on retrouve sur son disque My Favorite Things (Motema, 2015). Son style est relativement blues, et il improvise adéquatement autour de lourdes notes déposées par la main gauche. En fait, c’est sa main gauche que je remarque tandis qu’il varie la mélodie de la droite. Un peu de blues, un peu de jazz plus abstrait, beaucoup de mainstream assez up-tempo. Il prend une longue pause entre les morceaux, s’adresse à la foule nerveusement. C’est que le garçon n’a que… 12 ans ! Il est impressionnant de voir un musicien si jeune se produire dans un festival de cette envergure et sur une scène aussi prestigieuse. Le garçon possède tout le talent nécessaire afin de devenir un bon pianiste jazz. Par contre, il faudra attendre avant de voir un artiste ayant développé un style original et une maturité artistique. Cela viendra peut-être. Première partie correcte, étant donné l’âge du musicien.

Wayne Shorter Quartet, 30 juin, Maison symphonique, 20h15

Le quartet arriva sur scène sans présentation, et il peut bien s’en passer. C’était la 3e fois que je voyais le groupe, et je crois avoir souffert des deux premières, en ce sens que j’étais plus loin sur le parterre et que je fus donc moins happé par la force de leur musique. La première fois, j’étais à la première rangée, je réalisais presque un rêve. La deuxième, j’étais assis à la deuxième rangée, au cours d’une longue soirée anniversaire avec 3 groupes… L’effet de surprise était donc dissipé dans mon cas pour cette troisième soirée. J’ai cru entendre des thèmes que l’on retrouve sur Without a Net (Blue Note, 2013).

Néanmoins, ce fut un concert à l’image d’un quartet unique dans l’histoire du jazz. Un torrent tranquille derrière des tourbillons enivrants. Des montées lyriques et émotives prenantes, entrecoupées de longs passages abstraits et modernes. La première pièce dura facilement plus de 40 minutes ! On parle d’un jazz écrit par endroit, laissant la place à la surprise, aux variations rhytmiques, aux intenses improvisations. Shorter jouera du saxophone ténor et soprano (je le préfère au soprano). Il colore les pièces, étire les notes, parsème de petites phrases bien placées. Une musique noire, cérébrale, ponctuée d’attaque féroce de Brian Blade et enrobée dans la présence rassurante de Patitucci. Il soude l’ensemble. Voilà certes un super contrebassiste.

Aucun autre groupe ne produit ce genre de jazz. Difficile à décrire, un mélange de modernité, de lyrisme inquiétant, de free jazz, d’abstraction, de pesanteur. On ne comprend pas tout, mais on se laisse transporter. Reste que j’ai vu beaucoup de personnes quitter après le premier morceau, et pendant le reste de la soirée. Ce constat parle de lui-même.

C’était peut-être moins magique pour moi. Wayne Shorter Quartet demeure toujours inspirant, mais je crois qu’on arrive à la fin d’un cycle…

-Maxime Bouchard

Compte-rendu Heads of State, 29 juin 2015 @ Gesù…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at

Après une panoplie de concerts intenses, nous avions rendez-vous avec un certain calme au Gesù pour la prestation du collectif Heads of State.

Après la jeunesse de Christian Scott, c’est tout un clash qui nous attendait avec les vétérans formant le quartet Heads of State. Formé à l’origine pour un hommage au pianiste McCoy Tyner au club Smoke de New York, les membres décidèrent de pousser l’aventure un peu plus loin, d’enregistrer un disque et de partir en tournée.

Heads of State, 29 juin, Gesù, 22h30

On retrouvait sur scène Larry Willis au piano, Buster Williams à la contrebasse, Al Foster à la batterie et Gary Bartz au saxophone alto et saxophone ténor. On parle ici de musiciens à la feuille de route exemplaire remontant au début des années 60. Des légendes en soi.

Je me rendais tout de même au Gesù avec un certain scepticisme, puisque l’album Search for Peace (Smoke Sessions, 2015) ne m’avait pas emballé plus qu’il ne faut. La matière du concert tournait autour de l’album. Nous avons ainsi eu droit à 6 morceaux, dont le standard I Wish I Knew, les compositions Passion Dance et Search for Peace de McCoy Tyner, Impressions de John Coltrane et Uncle Bubba de Gary Bartz à la mélodie anguleuse en l’honneur de Thelonious Monk.

Dans l’ensemble, ce fut un concert relativement sobre, sans grands éclats, plutôt mid-tempo. L’ensemble palit en comparaison des autres l’ayant précédé durant ma semaine. C’est un jazz post-bop très propre, bien mené suivant l’ABC du style. Ouverture en quartet, solo de saxophone, solo de piano, intermède de contrebasse, retour en quartet, finale. Il y aura tout de même deux-trois bons solos, dont celui de Buster Williams sur Uncle Bubba, et celui de Larry Willis sur Impressions. Je pense que Williams fut mon musicien préféré du quartet. Il n’en disait pas trop, mais juste à point, précis groove. Willis joue bien pour sa part, avec une excellente main droite dans des allures d’Oliver Jones. Bartz ne peut plus souffler comme à ses bonnes années, surtout à l’alto, mais une fois réchauffé, il peut encore aller chercher l’attention du public. Il semble être le leader du quartet. Foster garde le rythme dans un style économique, mais efficace.

Voilà un jazz assez classique qui fait taper du pied, sans emporter notre plein enthousiasme. C’était tout de même agréable, mais j’aurais préféré être ailleurs, genre à GoGo Penguin…

-Maxime Bouchard

Compte-rendu Christian Scott, 28 juin 2015 @ Upstairs…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at

C’est à l’Upstairs que je retournais dimanche soir pour le 2e set du trompettiste Christian Scott.

Originaire de la Nouvelle-Orléans, celui qu’on appelle aussi Christian aTunde Adjuah a le vent dans les voiles depuis quelques années, notamment depuis la sortie du disque double Christian aTunde Adjuah, paru en 2012 chez Concord.

Son style de jazz a même un nom : le stretch music. C’était la première fois que j’assistais à l’un de ses concerts.

Christian Scott, 28 juin, Upstairs, 22h

Il y avait foule et l’ambiance était bonne. En attendant le début du set, je parlai un peu avec mon voisin au bar. Ce touriste de Philadelphie était en ville pour le week-end, histoire d’assister à quelques concerts. « I’m here for my man… Stanley Clarke ! » Photos à l’appui, il passa la journée du samedi avec le célèbre bassiste. « I was backstage man ! » C’est ce que j’aime de ce jazz bar durant le FIJM, l’intimité de l’endroit, la proximité des musiciens, et ce genre de rencontre avec des fans d’un peu partout.

Le set débuta vers 22h10, lorsque les cinq musiciens montèrent sur scène. Vêtu d’un long t-shirt blanc, où le visage d’un Noir était caché au niveau des yeux par le logo des Bulls de Chicago, Scott, chaussure de basket-ball Nike aux pieds, était accompagné d’Elena Pinderhughes à la flûte, Luques Curtis à la contrebasse, Joe Dyson à la batterie, et de Lawrence Fields au piano. Ils débutèrent par une nouvelle composition, “Twins“, qui se retrouvera sur le nouveau disque du trompettiste prévu début septembre sur son propre label Stretch Music. Une application mobile sera aussi disponible !

Puis le saxophoniste alto Braxton Cook rejoigna l’ensemble afin d’interpréter une très belle version d’“Equinox“, de John Coltrane, que l’on retrouve sur Coltrane’s Sound (Atlantic, 1960). Ils jouèrent au total 5 morceaux, dont “Liberation Over Gangsterism“ et “New Heroes“, composition du pianiste Lawrence Fields.

Hard bop actuel

La musique que propose ce sextet est enracinée dans la tradition jazz afro-américaine. Ça bounce, c’est puissant. Un post-bop/hard bop proche d’un jazz circa 1960-1970. Je n’ai pas trouvé que l’on réinventait quelque chose ici, mais plutôt que l’on actualisait le meilleur du jazz de cette époque. J’ai aussi trouvé que c’était moins conceptuel que sur disque, plus vivant.

La particularité du stretch music est certainement la place accordée aux solistes, car plusieurs solos il y aura. Souvent, la pièce débutera en sextet, avant de laisser chacun des musiciens y aller d’un vigoureux solo. La section rythmique, elle, n’arrête jamais, poussant toujours la musique vers l’avant. Pendant ce temps, Scott commentera le jeu, indiquant à ses collègues combien de mesure à jouer, riant.

Il est clairement une figure charismatique, un leader incontesté, ayant une vision claire de ce qu’il souhaite pour sa musique. Son groupe le suit, mais jamais il ne prend trop de place. C’est plutôt le contraire. Ses solos sont l’exemple parfait d’une certaine retenue expressive. Oui ça explose, mais il ne joue pas trop longtemps, chaque note semble pensée. Il se tortille en jouant, se penche, sa trompette crie, c’est beau et intense. Parfois, il s’approche très près du micro. Dans ce timbre et son jeu, je crois entendre du Freddie Hubbard, un peu de Dizzy, un peu de Terence Blanchard.

Nouvelle génération

Il faut aussi noter la présentation des musiciens. Rarement vu une présentation aussi efficace et complète. Peut-être un peu longue, mais tout de même. Trop souvent on nomme les personnes sans trop comprendre, enterrées par les applaudissements. Pas cette fois. Scott raconte des anecdotes, explique pourquoi tel musicien est bon, flatte leur égo, où ils se sont rencontrés, etc. Ça met un peu en contexte. On s’entend que ce sont des musiciens encore en développement.

Nous avons ainsi appris qu’Elena Pinderhughes a reçu le Presidential Scholar à la fin de ses études secondaires, qu’elle est maintenant au Manhattan School of Music, et qu’elle a seulement 20 ans ! Le saxophoniste Braxton Cook en a 24 et un EP à son actif, Sketch. Le batteur Joe Dyson a 25 ans, un trio nommé The Bridge Trio; lui et Scott se connaissent depuis qu’il a 9 ans. Le contrebassiste Luques Curtis, 31 ans, vient d’Hartford, tandis que Lawrence Fields est de Saint-Louis; ils se sont rencontrés au Berklee College of Music. Il est membre de Sound Prints avec Dave Douglas et Joe Lovano (je recommande d’ailleurs leur album Live at Monterey Jazz Festival, Blue Note, 2015).

Des détails me direz-vous, mais j’aime ce genre de détails, car quelque part cela transparait dans la musique. L’énergie qu’il y a entre les musiciens, cette camaraderie, ce passé commun s’inscrit nécessairement dans leur attitude sur scène. Et cette jeunesse ! On se rappellera du passage de Christian Scott à l’Upstairs avec cet ensemble.

En partant, j’ai complimenté le jeu de Pinderhughes : « You have a bright futur ahead ». J’ai serré la main du trompettiste : « I like your t-shirt. I used to buy records there », qu’il m’a dit. C’est que je portais mon t-shirt de Peaches Records, très beau magasin de la Nouvelle-Orléans que j’ai visité. Puis j’ai remercié le monsieur qui m’avait vendu son billet en trop pour Phronesis. Oui, il était là, un vrai fan de jazz… Le même monsieur qui cria « caramba » aux deux spectacles !

Caramba indeed.

-Maxime Bouchard

Compte-rendu Enrico Rava Quintet et Phronesis, 27 juin 2015 @ FIJM

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at

Ce qui au départ allait être une soirée tranquille, s’est plutôt transformé en un festin musical. Retour sur ma deuxième soirée au 36e Festival international de jazz de Montréal.

Je suis arrivé un peu plus tôt samedi, histoire d’aller voir cette nouvelle scène Club Jazz Casino de Montréal. Voilà une belle idée que celle de transformer cet îlot près du Gesù en un club à ciel ouvert. La scène est suffisamment isolée pour concentrer l’écoute du spectateur. Les mouvements de foule s’avèrent plus limités, proposant alors une expérience de spectacle supérieure à d’autres scènes. Il y a aussi un bar à huîtres dans un décor un brin Nouvelle-Orléans. Nous avons eu le temps d’entendre les deux premiers morceaux du Kyle Shepherd Trio, d’Afrique du Sud. Le spectacle débutait très bien, avec un gros piano trio aux longs mouvements assez percussifs. Puis je marchai à travers la foule jusqu’au Monument-National, où l’on présentait le Enrico Rava Quintet à la Salle Ludger-Duvernay.

Soupstar, 27 juin, Salle Ludger-Duvernay, 20h

En ouverture du quintet, le pianiste Giovanni Guidi et le tromboniste Giancula Petrella réchauffèrent la foule énergiquement. Voilà un duo particulier misant sur une expressivité contagieuse. C’était parfois plutôt lourd, le tromboniste empruntant des effets de langues dans un registre bas. Un mélange de Jeb Bishop, Robin Eubanks et Roswell Rudd, mais plutôt classique, préconisant les longues notes et un jeu assez rapide. Au piano, Guidi couvre l’ensemble du clavier, bougeant constamment, levant les jambes, on s’attend presque à ce qu’il dépose le pied sur les ivoires, tel Jerry Lee Lewis. Ce fut plutôt le coude ! Bannnngggg. Il marmone aussi en jouant, ce qui peut agacer. Il fait penser à Keith Jarrett un peu, avec du Don Pullen dans le corps et du Stefano Bollani. Il tapisse beaucoup, se la joue romantique, pousse le tromboniste dans ses retranchements. Je crois qu’ils jouèrent des compositions avec une piste de départ pour laisser place à l’improvisation libre par la suite. Un 50 minutes chaudement applaudi.

 Enrico Rava Quintet, 27 juin, Salle Ludger-Duvernay, 21h15

Puis vint le plat de résistance. C’était la première fois que j’assistais à un concert du trompettiste Enrico Rava. Sans être un grand fan, j’ai quelques albums et j’aime bien ce jazz parfois ténébreux associé à l’étiquette ECM. Je ne pensais pas qu’en concert, Rava préconisait le jazz moderne assez up-tempo, qui arrache même. Outre Rava, Guidi et Petrella, nous retrouvions Gabriele Evangelista à la contrebasse et Fabrizio Sferra à la batterie. Ce fut un concert d’environ 1h25, où plusieurs morceaux s’enchaînèrent sans coupure. Un jazz assez progressif, modal, propulsé par un bon batteur et un pianiste hyper-présent. Les lignes mélodiques du trombone et de la trompette s’ajustaient bien, parfois en contre-point, parfois à l’unisson. Rava ne souffle plus très fort, il faut le dire, et ses solos seront brefs. N’empêche, les compositions permettent à tous les musiciens de briller dans un enrobage en clair-obscur. La musique est parfois sombre, parfois lumineuse. Rien de statique, ça coule, c’est mouvant. On passe d’un univers plutôt boppy américain, à quelque chose de circassien, avant de tomber dans le fellinien. Un spectacle assez rodé qui ne doit pas réserver beaucoup de surprise aux amateurs de Rava. Un concert en forme de récital. J’ai bien aimé.

Phronesis, 27 juin, Gesù, 22h30

Après le spectacle d’Enrico Rava Quintet, j’ai pris ma bicyclette et me suis rendu au Gesù, au cas où. Je n’avais pas de billet de presse pour ce concert, mais j’ai suivi mon instinct et j’ai tenté ma chance. En rentrant dans le Gesù, j’ai croisé un monsieur. Il avait un billet en trop. Une belle place, avec vue sur le drummer, à 20 piastres. J’ai pas hésité. « As-tu déjà vu le groupe ? Le batteur est malade ! Pour ça qu’on est de son bord », m’a-t-il glissé

Juste eu le temps de prendre mon siège que le spectacle commençait. Et quel spectacle ce fut ! Je ne connaissais pas vraiment le trio Phronesis, seulement de nom et de réputation. Je fus alors plus que surpris. Étant un ancien grand fan de E.S.T, j’ai ressenti le même genre d’émotion que me procurait l’ancien groupe d’Esbjörn Svensson. C’est beaucoup moins dramatique par contre, et plus dynamique. Les pièces sont plutôt courtes, une dizaine de minutes environ, et elles font penser parfois à des chansons, mais sans refrains. On pense nécessairement à The Bad Plus aussi, mais c’est une musique plus ronde il me semble, moins carrée. Il y a quand même plusieurs brisures rythmiques, le batteur variant souvant son approche, comme des petites cellules qu’il déplace. Sur sa caisse claire, il y a un linge amortissant ses frappes et il joue souvent des cymbales, certaines ayant des petites cloches dessus. Son beat se rapproche aussi d’un « beat-box » tellement c’est rapide et saccadé. De ma position, c’est lui que j’observe, le pianiste m’étant plus éloigné. Ce dernier est toutefois très habile, avec une approche harmonique tendant vers Brad Mehldau et l’esthétique européenne. Il y a un peu d’acid-jazz dans cette musique.

La majeure partie du concert fut concentrée autour des compositions du dernier disque (Life to Everything, 2014). Le contrebassite prendra la parole entre les morceaux, blaguant. Il semble être le leader de la formation. Ils finirent le concert avec des plus vieux morceaux tout aussi énergiques. Un jazz compact allant droit au but, avec plusieurs montées mélodiques.

La foule se manifestait bruyamment, applaudissant fortement après les morceaux, et sifflant même. Il y avait de l’ambiance. Impossible de ne pas sortir du Gesù revigoré. Tout le monde souriait, tout le monde était content…

Mon 20 dollars le mieux dépensé de ma semaine !

-Maxime Bouchard

Compte-rendu Omer Avital Quintet, 27 juin 2015 @ Upstairs

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at
Le Smalls de New York à Montréal…

L’été montréalais étant ce qu’il est, on sort du Suoni et nous voilà aussitôt plongé dans le Festival International de Jazz de Montréal. Dix jours intenses où les surprises et les déceptions se chevaucheront. La 36e édition débutait pour moi à l’Upstairs, avec le 2e set du Omer Avital Quintet.

Omer Avital Quintet, 27 juin, Upstairs, 21h45

Avant de me rendre à l’Upstairs, je me suis poussé deux fois plutôt qu’une le dernier disque d’Omer Avital, New Song (Plus Loin Music, 2014) en regardant une partie du repêchage de la NHL (ohhh Boston). On y retrouve un jazz moderne aux influences juives, est-européennes et moyen-orientales. Dès la deuxième écoute, je sifflais quelques mélodies de ce bon disque. Je m’attendais à entendre cette matière durant le concert, je me trompais. Voilà un groupe qui ne fait pas du surplace. Il faut tout de même souligner que le quintet présent à Montréal est différent de l’ensemble participant à New Song.

À 21h45, le contrebassiste Avital monta sur scène, accompagné de Joel Frahm au sax ténor et sax soprano, Greg Tardy au sax ténor (et non Eli Degibri, tel qu’annoncé dans le programme), Yonathan Avishai au piano et Johnathan Blake à la batterie. À part ce dernier, je voyais ces musiciens en personne pour la première fois. Ils jouèrent 4 morceaux, dont un 5e au rappel, pour un peu moins d’1h30 de musique. Ce fut un set explosif, sans temps mort, Avital ne s’adressant jamais au public, et ne nommant pas les morceaux joués. Je ne crois pas avoir remarqué des pièces du dernier disque. Au risque de me tromper, je dirais que la plupart des compositions étaient du nouveau matériel, les saxophonistes ayant des partitions avec eux.

 

Le set débutta avec une composition up-tempo pour un bon 20 minutes, avant d’enchaîner avec un deuxième morceau introduit par un solo de contrebasse. Suivra un combat de saxophone, où Tardy et Frahm se défieront avec des solos convaincants et rapides. Après 2 pièces, le concert avait déjà une quarantaine de minute au compteur. Pour dire qu’il y avait beaucoup de place à l’improvisation. La 3e composition sera plus lente, sorte de ballade un brin méditative d’au maximum 10 minutes. Puis la 4e pièce débutera par un long solo de piano, où Avishai ira jouer à l’intérieur de celui-ci, étouffant les notes, tandis que Frahm ira se chercher une bière. À son retour, le groove de Avital embarqua et le reste du groupe suivra pour un long morceau hard. Le rappel se fera sous une sorte de walking blues plus détendu.

De manière générale, ce fut un set sous l’égide du hard bop à la new-yorkaise, où les influcences moyen-orientales n’étaient pas très présentes, voire même absentes. C’était du hard bop de haut calibre joué par un groupe soudé où personne ne prend les devants au détriment de l’ensemble. Les musiciens se « challengaient », se surprenaient, citant des œuvres connues (surtout Frahm). On pouvait les entendre rire, s’exclamer, envoyer des « ohhh », des « humm ». Une musique groovante, un peu soul, toujours mélodique et tonale, avec de bons thèmes, où le back-beat de Blake retenait mon attention constamment. Encore une fois, quel batteur ! Souvent en brisure rythmique, il allait à contre-temps, à double-temps, variant ses pulsions sans jamais jouer trop fort. Je regardais ses baguettes et je pognais un fixe tellement il jouait vite.

Avital, pour sa part, est toujours là, au centre des pièces, souriant, s’amusant, une dynamo qui n’épate pas tant par sa technique que par sa solidé jazz, son rythme, et bien sûr la qualité de ses compositions originales.

Ce fut une excellente introduction à ce 36e Festival international de jazz de Montréal.

-Maxime Bouchard

Compte-rendu Paal Nilssen-Love Large Unit, 21 juin 2015 @ Sala Rossa…

In Compte-rendu on 20 décembre 2015 at
L’avant-jazz du Large Unit

Mon Suoni 2015 se terminait dimanche soir avec le 2e concert en sol montréalais du Paal Nilssen Love Large Unit. En plein milieu d’une importante tournée qui débuta le 13 juin à Brooklyn, pour se terminer à Seattle le 28 juin (13 villes, 14 concerts) le Large Unit remettait ça à la Sala Rossa, après y avoir joué la veille. On annonçait un spectacle complètement différent.

Paal Nilssen-Love Large Unit, 21 juin, Sala Rossa, 21h

Le Large Unit, ce sont 11 musiciens, dont plusieurs font partie du renouveau jazz scandinave. Son leader est le super batteur Paal Nilssen-Love, et il forma ce groupe avec l’objectif de donner une tribune aux jeunes talents suédois en particulier. On peut découvrir cet ensemble en écoutant l’album triple Erta Ale, paru en 2014 sur le label de Nilssen-Love, PNL. Un nouvel EP est disponible depuis peu, Rio Fun. La deuxième partie du concert revenait sur la matière de ces disques avec de nouvelles compositions.

Petite et grande formation

Pour le premier set toutefois, nous avons eu droit à 4 mini formations (small combos) se succédant adroitement pendant 45 minutes. Le concert débuta avec le batteur Andreas Wildhagen et Tommi Keränen à l’électronique.

C’était assez gras merci comme départ, Keränen surprenant un peu tout le monde en saturant l’espace bien comme il faut, avec des couches de noise. Puis vinrent les remplacer Per Åke Holmlander au tuba, Mats Äleklint au trombone, et Thomas Johansson au cornet. J’ai bien aimé le jeu du cornettiste, incisif et expressif. La transition se poursuivit avec un autre trio, cette fois celui du guitariste Ketil Gutvik, du contrebassiste Jon Rune Strøm et de la saxophoniste Julie Kjaer. On remarqua la technique particulière du guitariste Gutvik. Très percussif, il frappe les cordes, les pinces rapidement, sans jamais réellement enchaîner des accords faciles. Il jouera aussi de la guitare « préparé ». On pense à Marc Ducret.

Finalement, le leader s’installa derrière sa batterie pour un dernier trio, avec au sax alto Klaus Ellerhusen Holm et Christian Meaas Svendsen à la contrebasse. Sans doute le meilleur moment de la première partie, grâce à la polyrythmie de Nilssen-Love, mais surtout au jeu endiablé de Christian Meaas Svendsen à la contrebasse. Super rapide, il se démène tel un Barry Guy utilisant parfois une baguette de batterie sur les cordes, la coinçant. Il jouera aussi avec l’archet couvrant la totalité de son instrument.

Nous étions ici dans l’improvisation plutôt brute, peut-être un peu codée dans le temps, afin d’amorcer les transitions puisque jamais la musique ne s’arrêtera. Chacun des musiciens a ainsi pu se mettre en valeur, nous démontrer sa personnalité et se réchauffer pour la suite.

Décharge scandinave

Au retour de la pause, nous avions droit à l’ensemble complet et ce fut un mur de son comme le veut l’expression consacrée, d’autant plus que le groupe jouait sur un praticable devant la scène, et non sur la scène. Nous étions très près du groupe. Le programme consista en 4 compositions assez différentes l’une par rapport à l’autre, avec un 5e morceau au rappel suite à une ovation. Le public fut réceptif toute la soirée, acclamant les bons climax. Car climax il y a eu.

Sans révolutionner le genre, le Large Unit propose un jazz parfois très minimaliste, épuré, exploratoire, avant de se soulever afin d’atteindre un jeu d’ensemble précis où le groove explose. Nous sommes alors proche du rock, voir punk-rock. La présence de deux batteurs et de deux contrebasses/guitares-basses procure des effets de polyphonie pouvant délivrer des décharges énergétiques intenses. Le deuxième morceau (“Culius“ ?) fut en ce sens un bel exemple du potentiel de ce groupe. Longues improvisations, montée dramatique, bass-groove, up-tempo, thème d’enfer, couches subtiles d’électros, cris de la foule ! Une réussite. La meilleure pièce de mon Suoni 2015. Le Large Unit en pleine action balance entre la musique intellectuelle et les tripes.

Il ne faut pas penser que c’est up-tempo tout le temps. C’est plutôt le contraire. On joue beaucoup sur les nuances, les solos (parfois moyens), l’improvisation lente, en progression. On prend le pari de l’écoute et de la retenue. On joue rarement tous en même temps. Néanmoins, c’est lorsque le groupe est en mode « full swing » que l’on apprécie davantage cette musique. Assez généreux, le 2e set se conclura calmement, avec un rappel au long solo de flûte de Julie Kjaer, pour plus d’1h15 de musique au total.

Je ne crois pas que l’on peut crier au génie avec ce groupe, puisque les procédés utilisés sont largement connus des jazzophiles. Cependant, le résultat final mérite l’ovation. Il faut dire qu’il est ambitieux aujourd’hui de mener un tel projet dans une tournée qui, j’en suis sûr, marquera chacun des musiciens du groupe. Il est aussi très intéressant de pouvoir séparer l’ensemble en plusieurs sous-groupes. Qui sait, peut-être qu’avec le temps, le Large Unit deviendra une sorte de Jazz Messenger de son époque.

Le Suoni est déjà terminé. Je me retrouve avec 3 affiches, 1 CD-R, un vinyle, un tee-shirt du Large Unit (y avait même des bobettes !), quelques frissons et plusieurs beaux souvenirs soniques.

-Maxime Bouchard