"Not All that Jazz"

Compte-rendu Ken Vandermark solo @ Casa del Popolo, 19 juin 2015…

In Compte-rendu on 11 août 2015 at

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Deux jours après le  passage de Rempis-Abrams-Ra, j’étais déjà de retour à la Casa del Popolo pour une deuxième soirée solo jazz à l’affiche dans ce Suoni. Au menu de cette soirée : Nonoko Yoshida et Ken Vandermark.

Nonoko Yoshida, 19 juin, Casa del Popolo, 21h15

Parfois, je fais mes devoirs comme un grand garçon, et j’explore un peu l’univers de l’artiste avant le concert, surtout quand je ne le connais pas. Parfois non, comme ce fut le cas vendredi. Je n’avais jamais entendu jouer la Japonnaise Nonoko Yoshida, que ce soit seule ou avec son groupe de rock-noise Pet Bottle Ningen (le groupe à deux albums sur Tzadik dans la série Spotlight). L’effet de surprise fut épatant !

C’est que le style de Yoshida est unique, très mélodique, empruntant à divers courants classiques contemporains, avec des influences sérialistes et minimalistes. Cette jeune Japonaise résidant à New York depuis 9 ans joue du sax alto de manière parfois très brute et puissante. Elle fera quelques clins d’œil au free, en étouffant l’ouverture du sax sur sa cuisse ou en utilisant seulement l’anche de son instrument devant le micro et soufflant avec dans un verre d’eau.

L’originalité de la performance réside surtout dans l’utilisation des boucles et de l’overdub. Elle lance une ligne de saxophone qu’elle enregistre pour ensuite la repasser et jouer par dessus en s’accordant. Il y aura parfois plusieurs séquences enregistrées. Elle monte ainsi des petits chateaux musicaux très agréables à l’écoute, groovy. Voilà une belle utilisation de l’espace qu’offre la performance solo. En s’accompagnant elle-même, elle crée des pièces dynamiques, polyphoniques, lyriques, dansantes par endroit, dissonantes par moment. Au départ un brin nerveuse, elle présentera chacun des morceaux, plusieurs s’inspirant de New York (“Take the F Train“, “East River“). Certainement le meilleur 45 minutes de mon Suoni jusqu’à maintenant. Une révélation pour ma part. J’ai acheté son demo sur CD-R !

Ken Vandermark, 19 juin, Casa del Popolo, 22h15

Ken Vandermark demeure pour moi l’un des géants du jazz de création contemporain, l’un de mes favoris. Infatiguable globe-trotter, il était à Montréal pour un petit set seulement, durant lequel il joua 5 improvisations plus une composition. L’art du solo permet de sonder l’univers plus personnel d’un musicien. Cette mise à nu ne pardonne pas. Dans le cas de Vandermark, nous avons retrouvé tous les éléments de sa marque de commerce. Puissance du souffle, solide technique, parfois gutturale, stop and go, clarté du propos, justesse du rythme, un son parfois déchirant, exploration, rapidité et intensité du moment. Il jouera du saxophone ténor, baryton et de la clarinette. Portant son éternelle chemise à carreaux, Vandermark semblait un brin « troublé » par ce qui se passe en ce moment aux États-Unis, et il nous a fait part de ses émotions.

Entre chacune des improvisations, il nous racontera une anecdote en lien avec l’artiste auquel il dédiera le morceau suivant, rendant ainsi cette soirée un peu plus intime. Il nous parla donc de Joe McPhee, qu’il découvrit pour la première fois à Montréal en 1984. Un de ses héros qui l’influence toujours. Puis il soulèvera une anecdote sur Anthony Braxton : « He put the bar so high ! » Ancien étudiant en cinéma à McGill, il relatera ses difficultés avec les langues, notamment le français, en dédiant la 3e pièce, plutôt bluesy et tendre au sax baryton, à Agnès Varda. « I love french cinéma, but I will never understand it… Damn subtitles ! »

Toujours en lien avec le cinéma, il parla de son amour pour Anna Karénine et Jean-Luc Godard, leur dédiant la 4e improvisation. Le 5e morceau sera en l’honneur du pianiste britannique John Tilbury, qu’il harcela de questions en voiture, la première fois qu’il le rencontra. Finalement, le set s’est terminé avec un commentaire sur Muhammad Ali. Plus il en lit sur lui, plus qu’il découvre un être exceptionnel. Selon Vandermark, nous avons besoin davantage de gens comme Ali. Il raconta l’avoir déjà rencontré dans le pire restaurant au monde : Cheesecake Factory. « I was looking at that miniature train and there he was… Muhammad Ali ! Looking at the train… » Il enchaîna avec une émotive composition, assez intense (je crois qu’elle était de Japp Blonk).

Par delà la musique, l’œuvre de Ken Vandermark est marquée par de multiples références explicites rendant le personnage d’autant plus intéressant. On peut suivre les pistes qu’il suggère afin d’aller plus loin, le champ devient infini.

En quittant, je me suis procuré le beau vinyle d’Audio One, The Midwest School. Je l’ai écouté en arrivant à la maison, poursuivant ainsi une autre parfaite soirée jazz tard dans la nuit…

-Maxime Bouchard

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