"Not All that Jazz"

Compte-rendu Dave Rempis Trio @ Casa del Popolo 17 juin 2015…

In Compte-rendu on 11 août 2015 at

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Après toutes ces visites, jamais je n’étais allé manger au restaurant de la Sala Rossa. C’est maintenant chose faite. 

Quelques tapas, une bonne bouteille de rouge, nous étions prêts, moi et ma copine, pour une soirée free jazz à la Casa del Popolo. Quelques mois auparavant, je m’étais acheté un billet pour le concert de U2. J’avais proposé à ma blonde de m’accompagner, en vain. Par contre, elle ne voulait pas manquer le passage de Dave Rempis au Suoni : « Ah oui, le saxophoniste de Vandermark 5 ? Yé trop malade ! », m’at-elle lancé, avant d’entamer une imitation de saxophone débridé…Par pour rien que je l’aime !

L’appel du vide, 17 juin, Casa del Popolo, 21h30

La soirée s’ouvrait avec un set du quatuor montréalais à l’excellent nom, L’appel du vide. Ce groupe de free jazz est formé de Fred Bazil au saxophone, Philipe Bernier à la guitare, Stéphane Diamantakiou à contrebasse et Farley Miller à la batterie. Les musiciens semblent relativement jeunes, et ils offrent une musique très libre, de plain-pied dans le free jazz. C’est la deuxième fois que je voyais cet ensemble en concert, et je note une progression certaine.

Ils jouèrent 3 morceaux pour un peu moins de 45 minutes. Dans l’ensemble, l’univers de L’appel du vide est plus du côté obscur, méditatif, au tempo lent plutôt que du côté « dans ta face rapide regarde comment ça blow ». Nous sommes ici dans le subtil, la recherche texturale. J’aime bien la place de la guitare électrique dans un tel contexte (il y avait par contre du bruit dérangeant via l’ampli, comme un fil mal branché…). C’est sur le deuxième morceau que l’ensemble prit une certaine vigueur, Bazil employant un tout petit petit saxophone (sopranino courbé ?), dans lequel il soufflait puissamment, tandis que les autres musiciens soutenaient l’envolée, notamment le guitariste Bernier. Leur set se conclut sur une note plus calme, sans fioritures ni épanchements. Bonne mise en bouche pour la « fureur » qui allait suivre. Un premier album s’en vient pour le groupe, fin septembre. On s’en reparle.

D’ici là, vous pouvez écouter une partie du concert d’hier soir tel que capté par l’émission Jazz Euphorium à CKUT ici (mettre la plage à 1h29).

Dave Rempis, Josh Abrams & Avreeayl Ra, 17 juin, Casa del Popolo, 22h30

À 22h30, ce fut au tour de Dave Rempis (sax alto), Josh Abrams (contrebasse) et Avreeayl Ra (batterie) de faire résonner nos tympans. Et pour sonner, ça sonnait ! Je ne manque jamais les passages en ville de Rempis (la dernière fois remonte au concert de The Engines en avril 2013), mais c’était la première fois que je voyais Abrams et Ra. Il s’agit de deux musiciens assez différents. Le contrebassiste est plutôt effacé, tandis que le batteur est omniprésent (trop ?). Ils jouèrent environ une heure dix minutes, le tout divisé en 3 improvisations, la première durant près de 30 minutes ! La musique de ce trio est entièrement improvisée, du gros free jazz comme dans le temps, souvent dans le tapis avec quelques intermèdes plus posés. Voilà un jazz vigoureux, costaud, mais tout de même tonal, « mélodique », le fun à voir et à entendre, où les musiciens jouent presque toujours sans arrêt.

On pouvait s’attendre à ce que Rempis brille et ce fut le cas. Dans ses mains, le saxophone alto prend une dimension immense, une profondeur insoupçonnée, dans les basses comme dans les aigus. Il souffle fort, longtemps, alternant entre de longues notes et des passages ultra-rapides. Le tout semble si facile.

Au dire de ma blonde, ce saxophoniste devrait attirer les foules davantage « Qui s’intéresse au jazz devrait être ici ce soir ». Je ne peux la contredire… Ce sont les mystères de la musique, de son industrie. Nous étions à peine 50 à la Casa del Popolo pour entendre l’un des meilleurs musiciens de sax alto de sa génération.

Face à Rempis, on découvre un Avreeayl Ra complètement démentiel. Il porte un débardeur or brillant, un petit chapeau tressé, on pense à un mélange entre Don Cherry et Sun Ra. C’est un puissant batteur, plutôt linéaire dans sa propulsion avec une prépondérance pour les cymbales (4 cymbales plus le hi-hat) dans un style à la Elvin Jones, mais en moins complet. Il joue souvent avec des baguettes « cotonneuses », qu’il semble avoir truqué lui-même afin d’amortir la puissance de ses frappes. En bon français, on pourrait dire qu’il varge sur sa batterie, c’est fort, violent, et en même temps c’est bon, ça fait sourire. Il en échappe même ses baguettes. Cependant, il accapare peut-être un peu trop l’attention visuelle et sonore au détriment de l’ensemble. Il jouera même de la flûte de bois sur la dernière improvisation.

Et Abrams dans tout ça ? On l’oublie presque… mais les bons contrebassistes savent se faire « oublier » lorsque l’énergie et le propos le demandent. Il est pourtant là, englobant les deux autres musiciens, support nécessaire afin de proposer une rythmique jazz et groovy.

L’on ressort d’un tel concert énergisé, flambant neuf, les oreilles bourdonnantes, avec la satisfaction vertigineuse d’être au bon endroit au bon moment.

« Swinging to the music Whoooaaa…

Hello hello…

I’m at a Place Called Vertigoooo 

 It’s everything I wish I didn’t know

But you give me something…

I can feel, feel 

Yeah yeah yeah yeah… »

-Maxime Bouchard

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