"Not All that Jazz"

Trevor Watts & Veryan Weston intimes à la Sala Rossa

In Compte-rendu on 18 juin 2015 at
trevor-watts-veryan-weston-intimes-la-sala-rossa-142510Carnet d’un mélomane

Ça donne quoi, la journée d’un mélomane ? Ça donne ce menu, par exemple : The Nu Band, le nouveau Charles Lloyd, Trevor Watts et Veryan Weston à la Sala Rossa…

Nu Band, Cosmological Constant (Not Two, 2015)

Ce fut une journée somme toute assez musicale. Autour de 11h, je me suis mis l’album Cosmological Constant (Not Two, 2015), du groupe The Nu Band. La formation roule sa bosse depuis 2001. Depuis l’an dernier, Thomas Heberer, à la trompette, y remplace Roy Campbell Jr, décédé récemment. Sinon, c’est le même noyau de vétérans : Mark Whitecage (sax alto, clarinette), Joe Fonda (contrebasse) et Lou Grassi (batterie, percussion). Leur jazz est très énergique et expressif, un bon freebop avec un penchant old school.

Vertical Squirrels, Time of the Sign (Ambiances Magnétiques, 2014)

Puis, vers 13h30, je fus agréablement surpris par le disque Time of the Sign (Ambiances Magnétiques, 2014), troisième opus de la formation ontarienne Vertical Squirrels. Ça sonne comme une sorte de mélange entre le jazz, l’improvisation libre, le post-rock, le jazz-rock et du field recordings. Difficilement classable, ce groupe est formé de Daniel Fischlin, Ajay Heble, Lewis Melville et Ted Warren. S’ajoutent les invités Jane Bunnett, Ben Grossman, Scott Merritt et Larry Cramer.

Charles Lloyd, Wild Man Dance (Blue Note, 2015)

Une fois à la maison après le travail, j’ai écouté pour la deuxième fois l’excellent Wild Man Dance (Blue Note, 2015) de Charles Lloyd. Nouvellement signé chez Blue Note, un retour sur ce label après plus de 30 ans, Lloyd nous offre ici un super condensé musical enregistré en concert au Wroclaw Philharmonic en Pologne, le 24 novembre 2013. Il s’agit d’une suite en six parties commandée par le Jazztopad Festival de Wroclaw.

Lloyd y brille dans un jazz spiritualo-folk-ethnique rappelant John Coltrane, et la musique de jadis sur Impulse!, tout en demeurant proche de l’esthétique ECM. De longs titres au puissant climax avec beaucoup d’improvisation, où le jeu d’ensemble des musiciens demeure relevé de la première à la dernière minute. Une surprise de taille pour un label sur le déclin créatif (notre avis) comme Blue Note. Un candidat potentiel pour les tops de fin d’année. Avec Charles Lloyd (sax), Gerald Clayton (piano), Joe Sanders (contrebasse), Eric Harland (batterie), Sokratis Sinopoulos (lyre) et Miklos Lukacs (cymbalum).

Trevor Watts & Veryan Weston, 27 avril 2015, Sala Rossa,

Finalement, j’ai terminé cette journée musicale à la Sala Rossa par le concert de Trevor Watts (saxophone soprano et alto) et Veryan Weston (piano). Cela faisait quelques mois que j’avais eu ma dose de free jazz… et ça fait du bien. Le free jazz proposé par ce duo est relativement « classique ». Deux musiciens, deux amis jouant au maximum de leur capacité, sans fioriture ni épanchement. C’est un free jazz clair, puissant et parfois même violent, assourdissant. Au programme : 4 improvisations déclinées en deux sets, pour environ 1h15 de musique. Il faut comprendre que lorsqu’ils partent, ils n’arrêtent pas, et c’est assez impressionnant de voir l’exécution de tels vétérans considérant leur âge (Watts a 76 ans ! et Weston 64).Ils maîtrisent parfaitement leur idiome et leur vocabulaire respectif. Ce qui leur permet d’improviser pendant 25-30 minutes non stop sans se répéter.

Leur musique est rapide, intense… Watts bouge un peu, va et vient vers le piano, les yeux fermés, il enchaîne des séries des phrases courtes au sax de manière hallucinante, usant de la respiration circulaire par endroit. Il est toujours dans le tapis ou presque. On pense à Evan Paker…

Weston, pour sa part, semble être le condensateur, il dicte le chemin et la variation d’intensité avec une approche plutôt percussive aux ivoires. Tout comme Watts, il joue fort, rapidement, enrobant les notes dans des « clusters ». On peut l’entendre marmonner, un peu à la Glenn Gould, tout en restant principalement au centre du clavier et dans les graves (le sax soprano est assez aigu pour ça). Il porte le rythme, les harmonies…

Il m’est toujours difficile de transcrire sur papier l’effet qu’a sur moi un concert de ce type. Oui, c’est cérébral, mais du même coup c’est une expérience physique de par l’énergie dégagée de la rencontre entre le piano et le souffle. Ce n’est pas juste du son. Un autre bon concert intime… Nous étions au maximum 40.

Ce que démonte l’exemple de Charles Lloyd, Trevor Watts et Veryan Weston, c’est la capacité des musiciens jazz vieillissants de constamment rester pertinent tout en offrant de la nouveauté.

-Maxime Bouchard

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