"Not All that Jazz"

Journal d’écoute; Audio One, Matthew Shipp Trio, Steve Lehman Octet…

In Journal d'écoute/Critique de disque on 11 septembre 2014 at

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Le Festival international de jazz de Montréal maintenant bien consommé, voici le moment de se remettre dans le beat avec une sélection de parution récente en jazz…

Bref survol de quelques albums parus dernièrement, auxquels il faut prêter l’oreille.

 

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Audio One, International Report, Audiographic Records, 2014

Audio One, The Midwest School, Audiographic Records, 2014

Deux albums jumeaux du plus récent projet du saxophoniste et compositeur américain Ken Vandermark. Lancé récemment sur son nouveau label, voilà la crème des musiciens de la scène jazz de Chicago réunie autour de compositions vigoureuses. Enregistrée en concert, la musique de ces albums est énergique, bien menée, pleine de « hook », avec de nombreux solos enivrants. On reconnaît dès le départ la technique Vandermak, à la croisée des chemins entre NRG Ensemble, The Vandermark 5 et Powerhouse Sound. Le groupe était au dernier Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Pour les amateurs des grands ensembles qui arrachent.

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Matthew Shipp Trio, Root of Things, Relative Pitch, 2014

Paru en mars dernier sur le toujours pertinent label Relative Pitch, le nouveau disque du trio de Matthew Shipp (piano), avec Whit Dickey à la batterie et Mike Bisio à la contrebasse. Trio d’expérience ici en plein possession de ses moyens, c’est du Shipp pur jus. Une musique un brin sombre, urgente, ténébreuse, mais qui swingue toujours derrière une facture intellectuelle. Contrepoint, piano percussif, avalanche de notes, talent individuel, improvisation débridée… Un piano trio non conventionnel, poussant le caractère du genre un peu plus loin entre la marge du free et de la tradition jazz. Pour auditeur sérieux.

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Steve Lehman Octet, Mise en Abîme, Pi Recordings, 2014

Le saxophoniste et compositeur Steve Lehman est de ceux qu’il faut surveiller parution après parution. Véritable tête de jazz, il trace son chemin de manière unique et redoutable. Compositeur de talent, il a des affinités avec Henry Threadgill et Anthony Braxton. Récent récipiendaire du Doris Duke Artist Award, le prix doté d’une bourse de 275 000$ lui permet de se concentrer à fond sur la recherche musicale. Voici un exemple de ses recherches, un disque dense, où la complexité texturale, rythmique et la dynamique entre les instruments nous transporte dans une spirale sonore enivrante. Entouré de jeunes vétérans (Drew Gress, Tyshawn Sorey, Chris Dingman…), Lehman propose un album aux courtes pièces très organiques, dans un style rappelant parfois le M-Base de Steve Coleman. Un jazz complexe, mais harmonique, qui vaut le détour. Un peu comme pouvaient être les albums Blue Note d’Andrew Hill et de Jackie McLean des années 60. Pour ceux qui se demandent où la composition jazz de haut niveau s’en va.

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Cortex, Live!, Clean Feed, 2014

Troisième disque de ce quartet provenant de Norvège. Une musique hyper dynamique s’abreuvant au jazz de la fin des années 60, début 70. Saxophones (Kristoffer Alberts), cornet (Thomas Johansson), contrebasse (Ola Hoyer) et batterie (Gard Nilssen) pour un free bop inspirant, où le rythme rencontre la mélodie de manière percuttante. On tape du pied, ça donne envie de crier un peu. On pense à Atomic comme référence, Don Cherry et Ornette Coleman comme inspiration. Un jazz tendu, rapide et accessible. Pour les amateurs de free bop qui aiment que ça frappe sans faire trop mal.

Aussi à mentionner :

Brahja Waldman’s Quintet, Sir Real Live at Resonance, Fast Speaking Music, 2014

Beau disque enregistré en concert à Montréal en août 2013 au Café Résonance. Bonne prise de son pour ce jazz postbop relâché, mais super efficace. Ça bounce, c’est enjoué. Un groupe essentiel dans le décor jazz de Montréal.

Vincent Gagnon, Tome III – Errances, Effendi, 2014

Le pianiste Vincent Gagnon gagne en maturité d’album en album, comme en fait foi Errances, capté en concert au Palais Montcalm. Son plus récent opus est empreint de romantisme, d’une juste retenue et des influences d’un vagabondage autour du monde. Tout en affichant une bonne vigueur grâce au souffle d’Alain Boies et de Michel Côté, ce disque aux effluves à la Keith Jarrett est un bel objet pour une soirée à deux… if you know what I mean ! Le secret le mieux gardé de la ville de Québec.

-Maxime Bouchard

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