"Not All that Jazz"

compte-rendu concert Peter Bernstein Quartet 5 juillet 2014 @ FIJM…

In Compte-rendu on 10 juillet 2014 at

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Mon FIJM 2014 se concluait un peu de la manière dont il s’était amorcé, par la rencontre de vétérans aguerris, auréolés de légende à l’Upstairs. On y présentait le Peter Bernstein Quartet, avec ce dernier à la guitare, John Webber à la contrebasse, Harold Mabern au piano, et Jimmy Cobb à la batterie.

Du lot, c’était la première fois que je voyais Webber, ayant déjà vu Bernstein et Mabern dans le même espace, et Cobb à la Place des Arts, dans un hommage à Kind of Blue moyen.

Au-delà de la musique, l’intérêt d’aller voir un tel quartet réside dans le parcours individuel des musiciens. Leur feuille de route est longue, débordante de collaborations prestigieuses, leur discographie s’étirant sur plusieurs décennies à partir des années 50, notamment avec l’album le plus connu de tous pour Cobb, Kind of Blue de Miles Davis. Lorsqu’on regarde la fiche de Mabern, ça donne le tournis. Il endisqua avec Jackie McLean, Lee Morgan, George Coleman, Freddie Hubbard, Wes Montgomery, J.J. Johnson, et plus récemment Eric Alexander. Webber, moins célèbre, demeure un contrebassiste accompagnateur de haut niveau, jouant avec des musiciens comme Junior Cook, Johnny Griffin, Milt Jackson… Peter Berstein, pour sa part, né en 1967, évolue sur la scène new-yorkaise depuis 1989, on peut l’entendre sur plus de 80 disques (Diana Krall, Lonnie Smith, George Benson, Joshua Redman, Tom Harrell, Sonny Rollins…)

Voilà presque un super groupe soudé, les musiciens évoluant dans le même cercle depuis plusieurs années, parlant le même language jazzistique. C’est avec bonheur que nous assistions ainsi au premier de leurs 4 sets.

La musique qu’ils proposèrent s’inscrit dans la pure tradition hard bop et post bop. C’est un jazz un brin daté, mais toujours agréable, surtout lorsque joué par de vétérans musiciens. Au total, nous avons eu droit à 7 pièces, relativement up tempo, avec une ballade et un blues au final. Aucunes partitions, Bernstein semble improviser le setlist comme bon lui semble. Au menu, Say, Little Mama, Say, I’M Getting Sentimental Over You, Delilah, Shepherd’s Pie, I Wait and Pray, Four. Mélange de standards et autres compositions originales ayant souvant la même formule; introduction à 4 musiciens, solo de guitare, solo de piano, solo de contrebasse, solo de batterie, retour aux thèmes à 4, conclusion. La formule reste la même d’une pièce à l’autre, certains solos allant nous chercher, certains étant la routine même du jazz, sans éclats. Le public applaudit malgré tout, peu importe la qualité et l’ardeur.

Mabern sera mon coup de cœur de la soirée. Habile pianiste, très swing, il peut jouer fort tout en couvrant l’ensemble du clavier. Il cite abondamment le répertoire jazz des 50 dernières années, les oreilles attentives souriant à cette encyclopédie pianistique, toujours en clin d’œil. Bernstein possède un bon son clair de guitare, très jazz, à l’instar des Jim Hall et Pat Martino. Nous sommes loins des Kurt Rosenwinkel et Nir Felder. Webber fait ce qu’il faut, sans nécessairement se démarquer, il n’est pas là pour épater la galerie, mais plutôt pour garder le rythme tout en variant autour des mélodies.

Cobb demeure surprenant de vélocité à la batterie malgré son âge (il débarquait de l’avion, il arrivait de Saint-Pétersbourg !). J’ai quand même préféré Albert « Tootie » Heath. N’ayant jamais été un virtuose, il est direct et relax en même temps, rappelant la belle époque jazz des années 50 sur Prestige ou Original Jazz Classics. Ce n’est pas tant la force qui importe que le swing. C’est un batteur confortable, comme cette musique que l’on pourrait qualifier de traditionnelle, « mainstream », style lobby d’hôtel par moment. Car si je compare avec les 15 autres concerts que j’ai vus depuis le Suoni, on parle ici du plus conservateur, du moins original. Ce n’est pas un défaut en soi, simplement un style de jazz quelque peu figé dans sa structure. Souvenir d’une douce époque où le jazz était encore une musique populaire, rythmique et mélodique.

Je suis revenu chez moi le cœur léger, mon marathon terminé. Sans doute l’une des plus belles éditions du Festival international de jazz de Montréal que j’ai couverte. Un parcours qui fut, par hasard pour moi, très axé sur les pianistes. Ça manquait un peu de sax ténor à mon goût. En guise de conclusion, mon top 5, sans ordre, incluant le Suoni :

-Mike Pride’s From Bacteria to Boys,

– Keith Jarrett solo,

– Brad Mehldau solo,

– Jason Adasiewicz Sun Room,

– Fred Hersch Trio.

**Maxime Bouchard

 

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