"Not All that Jazz"

compte-rendu concerts Fred Hersch Trio et Jeff Ballard Trio 29 juin 2014 @ FIJM…

In Compte-rendu on 2 juillet 2014 at

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Bien sûr que mon nom n’était pas sur la liste des réservations, pourtant j’avais reçu confirmation de ma demande pour un billet depuis plus de deux semaines… Je n’allais quand même pas manquer Fred Hersch certain. J’étais déçu, mais en même temps pas vraiment surpris.

 

Fred Hersch Trio, 29 juin, Upstairs, 19h

 

J’ai donc dû attendre dans l’entrée de l’Upstairs le temps que les gens avec des réservations se pointent. Y avait un homme qui attendait aussi, pour moi il s’était inventé une réservation. « It’s under my friend name, for 3 persons… » Pas de réservation au nom en question. Il est rentré voir si ses amis étaient là. Non, y étaient pas là. « I’m sure she’s somewhere, on her way, she already paid for the tickets. Can I borrow a computer, go on Facebook ? » Joel lui a fait comprendre que… tu paies ou tu es out.

 

 

Le spectacle débuta, j’étais encore dehors. Puis Joel m’a fait entrer pour me placer juste à côté de la porte, sur un tabouret. Je voyais le bout du piano, face au batteur. Après deux pièces, j’ai pris la réservation de Serge Truffaut, du Devoir, y était toujours pas là. Me suis commandé un ceviche et j’ai pu me concentrer sur la musique. J’avais enfin une bonne place.

 

 

Ce fut un concert joyeux sous l’auspice du bon goût et du doigté délicat. Par contre, deuxième déception, la section rythmique n’était pas celle attendue de ma part, comme sur le disque, soit John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie. Mettons que ça n’avait pas le même mordant et la même souplesse, les deux remplaçants (Ross Pederson à la batterie et Aidan Carroll à la contrebasse) se collant beaucoup à la partition pour perdre ainsi un peu de liberté.

 

Le programme comprenait des compositions originales du nouveau disque (Floating, sur Palmetto), de même que des relectures telles que Some Other Time. Nous avons perçu Lonely Woman d’Ornette Coleman fondre dans Nardis. Le style du pianiste est d’une fluidité confondante, jouant beaucoup dans les graves. Nous sommes loin de l’esbroufe, le choix des notes, la fragilité et l’émotion sont plus importants que la démonstration de vitesse et l’euphorie. C’est un jazz mélodique, harmonique puisant dans le romantisme, une certaine mélancolie et la tradition américaine (perceptible sur West Virginia Home, délicate ballade écrite pour sa mère et grand-mère).

 

N’allez pas croire que l’on dormait sur nos chaises. Le swing est toujours là, la propension bop aussi comme sur Home Fries, pièce plus rythmée, ou Dream of Monk, aux accents carrés. Oui, on pense à Monk, on pense à Bill Evans. Le public écoutait, savourait chacun des accords, se sachant chanceux d’y être.

 

Comme il semble le faire à tous ses concerts, il ferma la marche avec une relecture de Thelonious Monk, Let’s cool One. Ça tombe bien, je portais mon t-shirt à l’effigie du célèbre pianiste, j’étais secrètement fier de mon coup. Une fois le concert terminé, il alla signer des disques, parler avec le public, prendre le pianiste québécois François Bourassa dans ses bras, ils avaient l’air heureux de se voir. Un pianiste au talent gigantesque et à l’humilité débordante. Tout le contraire d’un certain Keith Jarrett, que j’avais vu la veille (je garde mes commentaires pour moi, ça ma couté 166$ pour deux billets, c’est mon jardin secret… c’était bon, mais…)

 

Jeff Ballard Trio, 29 juin, Gesù, 22h30

 

J’ai marché tranquillement jusqu’au site du FIJM avant un arrêt au High Times. La Place des Festivals était pleine, ce n’était pas évident de rentrer. Comme toujours, y avait une masse de badauds. Tu arrives à 21h30 et tu penses avoir un bon spot pour le concert spécial de Diana Krall ? Que ça va être easy go…Voyons, reste chez vous, tu vas sacrer et ton expérience ne sera pas bonne. J’ai marché autour du site, assez pour entendre deux trois morceaux et un fort solo de guitare, je me suis dit, crime bon guitariste (ben, c’était Marc Ribot !!!)

 

 

Vers 22h20, direction le Gesù sans grandes attentes. Jeff Ballard y présentait son nouveau trio et disque, A Time’s Tale, à la pochette ma foi ordinaire. L’album ne m’avait pas marqué tant que ça, mais j’en avais fait jouer quand même à mon émission. Ballard, à la batterie, était flanqué de Miguel Zenon au sax alto, et du guitariste Lionel Loueke. Je connais Ballard notamment grâce à sa longue collaboration avec le trio de Brad Mehldau, mais ici, dans ce contexte, nous sommes littéralement ailleurs. C’était la première fois que je le voyais, idem pour Loueke. Je fus agréablement surpris.

 

Ça a commencé comme un concert de free jazz, par de l’exploration abstraite, un réchauffement musculaire et mental avant de tomber sur la mélodie de la pièce. Ils nous balancèrent ainsi 3 morceaux de haute voltige, très up-tempo, le batteur étant au centre de la scène avec à sa droite Loueke, à sa gauche Zenon. Il y avait déjà une trentaine de minutes au concert lorsque Ballard prit une courte pause afin de présenter le trio et les pièces. Dans l’ensemble, le concert tourna autour du disque A Time’s Tale, avec une composition du guitariste (Virgin Forest), des compositions du batteur (Western Wren – A Bird Call, Child’s Play), et une adaptation par Miguel Zenon de El Reparado de Suenos, de Silvio Rodrigues. Ils reprirent même de manière surprenante It Was A Very Good Year, d’Ervin Drake et popularisé par Frank Sinatra. Cependant, c’est lors des ballades que la formation m’a semblé moins confortable et convaincante.

 

 

Pour ce qui est des morceaux musclés, tout tombait à point. Les frontières géographiques et stylistiques semblaient disparaître. Rock, jazz, musique latine, world-beat, mélange hétéroclite, mais tout de même digeste avec de longs passages improvisés. Loueke m’a vraiment impressionné avec son style lourd, mais parfois aérien, s’accompagnant lui-même en inscrivant une sorte de ligne de basse dans ses improvisations. Jouant aussi avec les pédales, chantant sur un morceau, son vocabulaire est riche, vaste, de l’Afrique afrobeat au rock de New York. Un excellent guitariste.

 

À la batterie, Ballard est puissant, rapide, dynamo rythmique. Peut-être pas le plus nuancé, mais très habile, dans la lignée des Ari Hoening et David King. Au saxophone, Zenon demeure un puissant souffleur méconnu. Un style sensible, lyrique, pouvant éclater lorsque le tempo et la pièce le demandent. Bref, un concert allant dans plusieurs directions, où Ambrose Akinmusire est venu jouer de la trompette sur la dernière pièce, Child’s Play. Une belle surprise pour un festival qui, jusqu’à date, remplit ses promesses.

-Maxime Bouchard

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