"Not All that Jazz"

compte-rendu concert Sun Rooms 18 juin 2014 @ Café Résonance…

In Compte-rendu on 23 juin 2014 at

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Dès le lendemain de ma première fois, ah la première fois !,  je retournais au Café Résonance pour ce qui m’apparaissait l’un des concerts les plus intéressants en jazz des derniers mois à Montréal : le trio Sun Room de Jason Adasiewicz. J’y invitais même ma blonde. Tu ne nous verras pas à Stromae, j’en ai rien à cirer, because Sun Room is the real deal !

La particularité de ce trio est la présence du vibraphone dans un environnement acoustique où il est la force première. Aux cotés du vibraphoniste, l’on retrouvait l’énergique batteur Mike Reed et le toujours pertinent Ingebrigt Håker Flaten à la contrebasse. Le son de Chicago était pour ainsi dire dans la place.

Je m’attendais à ce que le café soit très achalandé pour l’occasion, mais ce ne fut pas le cas. L’offre abondante de spectacle en ce 18 juin à Montréal pouvait donner le tournis, expliquant en partie le faible public. Au demeurant, Sun Rooms est un groupe underground, fort de deux albums en 4 ans, avec un troisième prévu pour le mois d’août, toujours chez l’excellent label Delmark. Reste qu’à mes oreilles, la musique du trio est accessible, agréable tout en possédant un niveau technique et émotif de haute tenue.

Pour ce concert, ils jouèrent deux sets avec un petit rappel pour un total de 11 pièces tirées du corpus du trio, et quelques nouvelles compositions écrites par Adasiewicz. Il est le leader et la force motrice du groupe. Il parle au public entre les morceaux, il a l’air heureux d’être parmi nous.

Le tout débuta sur une note endiablée, hyper énergique. La musique rappelle le hard bop avec un mélange de swing et de free bop. Le vibraphoniste regarde un peu sa partition, tout comme le contrebassiste. Pour sa part, le batteur Reed reste presque toujours fixé sur Adasiewicz. Il est à l’affut du changement de direction, de tempo. Il ne joue pas les yeux fermés en transe, mais garde le rythme de manière surprenante et électrisante. Il utilisera parfois les balaies dans un style franc, droit et sec digne des années 50. Ba-doum-tching, ta-ka-tac-ta-ka-tac, ba-doum ba-doum, trrrrrrr tching…

Je regarde beaucoup le vibraphoniste, car j’ai rarement la chance de voir un musicien aussi doué en jouer. Il joue presque exclusivement à 4 baguettes dures, deux par main. Il joue vite, il frappe fort, tout en faisant résonner le son, sorte d’écho envoûtant. Il s’accompagne parfois en marmonnant. Il doit parfois replacer son instrument tellement il tape dessus. Il dégouline de sueur, il se donne. Il possède un style bien à lui, aime la réverbération, étirer les notes un peu. Ce n’est ni Milt Jackson, ni Bobby Hutcherson ni Steve Nelson, ni Lionel Hampton. C’est un musicien plutôt agressif sur son instrument, sans en négliger les capacités harmoniques et mélodiques.

Les pièces ne sont pas très longues, 8-10 minutes, et suivent un schéma relativement similaire avec une mélodie de départ, puis une longue improvisation à trois avec quelques brefs solos disséminés ici et là. On retourne à la mélodie avant de clore. Nécessairement, on tape du pied, car c’est une musique swing de tous les instants. Une démonstration de technique et de vitesse exceptionnelle. Il faudra attendre deux morceaux un peu plus mid-tempo, dont la délicate Rose Garden, avant de bien saisir la capacité lyrique du trio. Malheureusement, ces moments furent rares. En somme, on préfère la pédale au plancher sur l’autoroute plutôt que la balade en campagne à regarder le paysage.

En sortant, j’ai finalement pu m’acheter le vinyle dont je parlais hier, le Nouveau jazz libre du Québec. Ça va résonner dans mes Wharfedale bientôt entre des pièces d’Horace Silver, mort la journée même.

So Long Horace, Long live Sun Rooms !

-Maxime Bouchard

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