"Not All that Jazz"

compte-rendu concert Mike Pride’s From Bacteria to Boys 19 juin @ Café Résonance…

In Compte-rendu on 23 juin 2014 at

Ce matin, je me dois de faire ça un peu plus vite, alors j’irai à l’essentiel. Je suis retourné au Café Résonance pour une troisième soirée consécutive, pour un concert divisé en deux temps : le trio Paul Cram, Clinton Ryder & Pierre Tanguay suivi par Mike Pride’s From Bacteria To Boys.

L’honneur d’ouvrir la soirée revenait au trio que je voyais pour la première fois. À part Tanguay, Cram et Ryder m’étaient inconnus. Leur musique est en partie composée d’un jazz de style New Thing relativement libre, après une ouverture plutôt mélodique. Ryder jouera du sax ténor et de la clarinette, je le préfère au sax. Il peut souffler fort, monter les gammes, y aller dans le grave pour remonter dans les aigus rapidement dans une même série d’idées, je pense à Sonny Rollins. C’est par lui que la pièce chemine, il est le narrateur.

La section rythmique l’accompagne, gardant souvent le même « beat » en répétant un motif agréable propulsant l’improvisation du saxophoniste. C’est un jazz bluesy, à la limite inoffensif. Le contrebassiste ne joue pas beaucoup de notes, nous sommes plus dans l’économie de la chose, dans la suggestion d’un groove. On aimerait parfois qu’il pousse un peu plus. Le vétéran Tanguay colore l’atmosphère, ne tape pas trop fort, utilise les balaies dans un style bop bien amené. Ils jouèrent une quarantaine de minutes.

Au retour de la pause nous attendait du costaud, j’en ai encore mal aux cheveux. From Bacteria to Boys est le projet du batteur et compositeur Mike Pride. J’avais bien aimé leur disque Birthing Days (AUM Fidelity, 2013), alors j’appréhendais ce rendez-vous avec enthousiasme. La présence de Jon Irabagon rendait ce concert pour moi incontournable. Il est mon saxophoniste de la nouvelle génération préféré.

La musique de From Bacteria to Boys repose sur la composition, c’est sa force majeure, son originalité. Le style d’écriture de Mike Pride fait référence au jazz des années 60 et 90. Les brisures de rythme et de tempo se cachent un peu partout, rendant l’écoute stimulante car imprévisible. On se laisse surprendre par la densité, l’urgence et l’énergie de cette offrande par moment presque punk. Jeudi soir, nous faisions face à un mur de son, comme si nous étions sur le parterre d’un concert rock. J’ai dû laisser mon ouïe quelque part sur le plancher du café. Quelques clients quittèrent même la place, je soupçonne la surdose auditive.

Ils jouèrent 6 pièces tirées de leurs deux albums, dont « Birthing Days », « Reese Witherspoon », « Emo Hope ». Chacun des morceaux allait chercher mon intérêt. Mélange de jazz inside-outside, j’étais rivé sur ma chaise, enveloppé par le son rond et chaud du contrebassiste Peter Bitenc. Pour sa part, Irabagon jouera dans des zones suggérant Chris Potter, Joshua Redman, et même Coltrane. Il restera au saxophone ténor sauf pour une brève improvisation au sax soprano. C’est un gros souffleur, jamais plate.

La révélation du concert fut néanmoins le pianiste Alexis Marcelo;  quelle dégaine, quel doigté. Ses improvisations furent teintées de McCoy Tyner, Monk, Art Tatum et Herbie Hancock. Était-ce un exercice de style, un pastiche ? Qu’importe. Il y avait longtemps que j’avais pris mon pied à ce point lors de solos de piano. Pour tout dire, ce fut l’un de mes concerts préférés de l’année, tous genres confondus. Je le place en haut, pas loin de Future Island à Coachella. Je devais être prédisposé, je ne sais pas. Ça tombait dans mes cordes. Un jazz hyper-référencé, plein de thèmes accrocheurs restant en tête et joués par des musiciens possédant le bagage nécessaire afin d’émuler leurs idoles. Un jazz mélodique, parfois même kitsch, mais avec le feeling punk-rock dans le rendu. Et tout ça joué devant à peine 25 personnes, what a shame…Les absents auront tort, j’avais l’impression que l’histoire du jazz en ce 21e siècle s’écrivait devant moi.

Maintenant, direction le Lac-Saint-Jean… Je vais manquer Golden State, d’Harris Eisenstadt, vendredi, et probablement The Deciders, dimanche. C’est toujours comme ça, je manque le dernier week-end du Suoni pour aller jouer au volley-ball sur la plage, puis me saoûler avec mes vieux amis d’enfance. Y faut ce qui faut ! De retour pour le FIJM, j’ai 11 concerts au calendrier…

-Maxime Bouchard

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