"Not All that Jazz"

Compte-rendu du concert du Quartette Yves Charuest, 17 juin 2014 @ Café Résonance…

In Compte-rendu, Concert on 18 juin 2014 at

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Thé glacé, free jazz et stout…

Depuis le temps que je voyais le nom revenir fallait bien que finisse par y aller, d’autant plus que la programmation jazz s’y avère pertinente mois après mois. Je parle du Café Résonance sur Du Parc. Ça me prenait un prétexte faut croire et la venu du pianiste espagnol Agustí Fernández tombait à point. J’ai donc enfourché ma bicyclette direction Mile-End.

Ben sur que je suis arrivé beaucoup trop en avance, avant 21h, l’ouverture officielle des portes, mais étant donné que c’est un café, la place était ouverte. J’avais chaud, j’avais soif, une ride de 20 minutes, assez pour que je commande un thé glacé, ça faite la job. Ça pas été long que je me suis senti bien à l’intérieur de l’établissement. La lumière, le staff, le mobilier, l’ardoise au mur, le calendrier des spectacles, ça respire le jazz, le bon goût. Quand ton mot de passe Wi-Fi fait référence à John Coltrane, tu te trompes pas.

La place est faite sur le long avec la petite scène tout au fond de l’établissement. Des chaises dépareillées attendaient les spectateurs, j’avais l’embarras du choix. Comme toujours, les quelques irréductibles étaient déjà là. À chaque concert que je vais, ils sont là, des vrais. Leur collection d’albums doit être impressionnante. Ils en achètent en masse.

Par chance, j’avais apporté mon roman, La curée d’Émile Zola, le 2e de la saga des Rougons-Macquart. Pas son meilleur, mais tout de même agréable. L’histoire d’un spéculateur foncier du temps où le baron Hausmann reconstruisait Paris avec ses grands boulevards. Un genre de PDG de firme d’ingénieur ou ben un haut fonctionnaire municipal qui s’en met plein les poches avec les grands travaux. Avant de frapper un mur…Avec ce qui se passe à Montréal, on comprend que tsé, ce n’est pas nouveau…Y’a aussi sa jeune femme qui couche avec son fils (ce n’est pas sa mère)…

Après une quinzaine de page, la place était passablement pleine (une soixantaine de personnes), le concert débuta. Ce soir là, on présentait le Quartette Yves Charuest avec ce dernier au sax alto, Nicolas Caloia à la contrebasse, Peter Vasalmis à la batterie et Agustí Fernández au piano.

Ça débuté hyper rapidement, de manière brute et frontale. La batterie me semblait trop forte pour le reste. Faut dire que les musiciens sont là, dans ta face, sans micro (à part pour le piano). Les quatre artistes jouèrent en même temps longtemps, se cherchant, se chamaillant. Ils jouaient pour la première fois tous ensemble c’est clair (peut-être une pratique ou deux ?), bref c’était de l’exploration libre. Le premier set dura une quarantaine de minutes, sans temps mort. C’est comme des montagnes russes, l’énergie grimpe, grimpe, on atteint le sommet, ça déménage, le vent dans face, brang brang, puis, hooooooo, ça descend, ça déchire, avant de se calmer un peu pendant quelque minutes pour remonter et hooooooo redescendre en trombe.

Les musiciens sont bons. Yves Charuest ne souffle pas hyper fort, mais ce n’est pas grave, il ne se fait pas trop enterrer, quoique. Il pratique aussi la respiration circulaire, sa présence est essentielle. Phrasé court il préfère le registre grave du sax alto, avec parfois des petits effets de langue, de gorge.

Le batteur Vasalmis est du type batteur nerveux qui te frappe ça quand tu ne l’attends pas, un pafffff out of nowhere. Il garoche une cyballe par-dessus l’autre, bing, la reprend, bing, voyons à rentre pas dans le trou, encore une fois, bing. Ce n’est pas le plus subtile, son kit de batterie est le minium et il essaie d’en tirer le plus possible. Coloia c’est un roc, une valeur sûre, quelqu’un sur qui s’appuyer. Il utilisera parfois l’archet ou tirera des grincements, des râles de sa contrebasse. J’aime bien ce qu’il fait.

Agustí Fernández est un pianiste sans limite. Nous avons vu qu’une parcelle de son talent mardi soir. Il peut jouer rapidement, enchaîner les séries de notes à une vitesse impressionnante, mais intelligible. Il préfère les graves aux aigues, se maintenant au milieu du clavier ou à sa gauche. Parfois, il écrase les touches avec les paumes, les poignets, des blocs de notes à la Cecil Taylor ou Matthew Shipp, mais avec plus de souplesse. Il regarde souvent ses compagnons, écoute, s’ajuste. Son approche est percussive, avec un brin de classicisme, ses doigts deviennent des pinces, le son sort du piano comme des vagues immenses prêtes à tout emporter. Il ira aussi jouer à l’intérieur de l’instrument, frotter les cordes, les pincer. À ce moment, les quatre musiciens ralentiront la cadence, le son deviendra presque un couinement, on se croit dans une vieille maison ballottée par le vent où le bois travaille.

Pendant l’entracte je me commande une stout question de mieux ruminer sur ce que je viens d’entendre. Il y a beaucoup de musiciens, ça jase, camaraderie montréalaise qu’il est bon à voir. Je regarde le monde. Je me dis que c’est pourquoi j’habite toujours cette ville, pour sa culture, pour le jazz. Je veux m’acheter le beau vinyle du Nouveau  jazz libre du Québec enregistré l’an dernier à la Sala Rossa, mais il pleut à sceau dehors, je ne peux pas traîner ça dans mon sac.

Le deuxième set commença très lentement, timidement, doucement, pour ensuite reprendre la même formule en cascade durant une trentaine de minute. Le public est tranquille, ça ne crie pas, gardant les applaudissements pour la fin. Faut dire qu’il n’y a pas vraiment de solos, ni de thèmes, pas de mélodie, juste une musique se développant en direct sous nos yeux, pour nos oreilles. C’est un peu sale, faut aimer le free jazz pour s’y retrouver.

Au sortir du café c’était le déluge. Comme un beau cave je suis revenu en bike. Probablement ma pire run depuis le show de U2 à l’hippodrome. Pas grave, en moi y’avait le son de Montréal et ça, c’est fort…

Quartette Yves Charuest, avec Agustí Fernández, Nicolas Caloia et Peter Valsamis, 17 juin 2014 @ Café Résonance, Montréal.

-Maxime Bouchard

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