"Not All that Jazz"

Compte-rendu concert de Jeremy Pelt Quintet @ L’Astral, Montréal, 9 mai 2014…

In Compte-rendu on 17 mai 2014 at

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Vendredi 9 mai, Jeremy Pelt et son quintette nous rendait visite à L’Astral, dans le cadre de la série Jazz à l’année. Il n’y avait pas une foule très nombreuse (un peu plus de 100 personnes), mais pour les amateurs s’étant déplacés, les attentes furent comblées.

 

Le trompettiste nous visite relativement souvent, ce qui peut expliquer la foule timide (il reviendra cet automne). Pour ce rendez-vous, il était accompagné d’un quintette quelque peu différent que sur son dernier disque, Face Forward, Jeremy (HighNote, 2014). Au saxophone, nous retrouvions Roxy Coss, à la contrebasse et guitare basse Chris Smith, Theo Hill au Fhender Rhodes et piano, et Kush Abadey à la batterie.

C’était la première fois que je voyais en concert Jeremy Pelt. Je ne suis pas un fan, j’ai écouté ses parutions récentes sans jamais réellement m’accaparer ce répertoire parfois un peu froid et clinique. En concert, j’ai néanmoins apprécié la proposition. Il faut le dire, ce n’est pas un jazz très compliqué et prise de tête, la formule préconisée est straight-ahead avec une bonne couche de groove électrique. En ce sens, c’est un jazz très proche des années 70, un peu Chick Corea, un peu Herbie Hancock, un peu Stanley Clarke, un peu Freddie Hubbard. Il serait par contre très audacieux de pousser les comparaisons trop loin. Pelt possède une bonne technique, un excellent souffle et lyrisme, mais pas l’aura des génies.

La soirée fut divisée en deux généreux sets, 50 minutes pour le premier, 60 pour le deuxième. Dès le départ, le ton fut donné avec une introduction très rapide sur la pièce “Circular“. La composition suivante fut tout aussi hardbop, l’excellente “Princess Charlie“, écrite pour sa fille. On sentira une belle cohésion dans la façon dont le concert fut monté. Les cinq pièces du premier set alternant entre deux morceaux très high tempo, un mid, une exquise ballade, moment fort du concert avant de conclure sur un high. Nous avons l’impression que les compositions se ressemblent un peu (puisées à travers la discographie de Pelt), mais c’est très mélodique, on tape du pied, il y a de bons ponts, et l’improvisation se concentre sur la trompette, le sax et le Fender Rhodes. Il faudra attendre le retour de la pause afin de saisir tout le talent de Theo Hill au piano, le Rhodes le limitant au tapis sonore. Pour sa part, Chris Smith alternera entre la guitare basse et la contrebasse. On le préfère nettement sur celle-ci. Sans se démarquer, il garde le rythme.

Au deuxième set, on reprendra la même formule, avec deux pièces mid-tempo, “Stars are Free“ et “Mystique“, avec une accélération, une ballade, “Meditation on a Conversation We Had“, et la conclusion en forme de « theme song » très rapide, la pièce “Scorpio“. Un bref rappel viendra clore la soirée.

Lorsque je repense à ces douze pièces, je perçois un professionnalisme hors pair. On ne réinvente pas le jazz, on poursuit dans la tradition d’un post-bop aux accents funky. Néanmoins, le danger est qu’on s’en lasse plus ou moins rapidement. Une fois les codes bien identifiés, il y a risque de saturation, on cherche l’originalité, les brisures, les contrecoups, mais ça ne vient pas.

Au plan individuel, la saxophoniste Roxy Coss possède un bon son, quoique pas très puissant, elle reste dans les aiguës, elle s’en tire mieux au saxophone soprano. Pelt peut jouer très vite, mais n’étire pas inutilement ses phrases, il va droit au but. La ballade qu’il interpréta au premier set fut sublime de tension et de fragilité. C’est plutôt le batteur Abadey qui me fit écarquiller les yeux. Encore tout jeune (mi-vingtaine), Pelt l’emprunta à Wallace Rooney. Positionné côté cour, il ne fait pas face au public. Il est rapide, très rapide, martelant le snare drum comme une mitraillette, multipliant les combinaisons originales, il fascine, on le regarde, il frappe fort, tellement qu’il risque de jouer par-dessus ses compagnons. Juste sa présence et le fait de le découvrir valait le déplacement. La combinaison piano-batterie de Theo Hill et Kush Abadey fut l’une des plus inspirantes m’ayant été donné de voir récemment. Leur énergie cinétique et kinétique était parfaite, ils tombaient toujours à point. Ils transformèrent une proposition mainstream en quelque chose d’original et de pertinent.

Jeremy Pelt Quintet

Jeremy Pelt, trompette;

Roxy Coss, saxophone ténor et soprano;

Kush Abadey, batterie;

Chris Hill, guitare basse et contrebasse;

Theo Hill, piano…

-Maxime Bouchard

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