"Not All that Jazz"

Journal d’écoute – Eric Revis, Rodrigo Amado, Lawnmower II…

In Journal d'écoute/Critique de disque on 14 mai 2014 at

Wire-Quartet

Pour les amateurs de jazz d’avant-garde au goût du jour, la parution d’une nouvelle fournée d’albums de l’étiquette Clean Feed est toujours une source de réjouissance.

CF298

Lawnmower II, II, Clean Feed, 2014.

Projet du batteur Luther Gray, avec Jim Hobbs au saxophone alto, Kaethe Hostetter au violon et Winston Braman à la guitare basse.

Un album, le 2e de la formation, au son se rapprochant de l’esthétique post-rock par moment, avec le violon comme support arrière aux envolées du saxophone, qui lui est proche du free-jazz et toujours à l’avant du mixte sonore. Il y a des moments plus langoureux, réflexifs, avec références tribales et afrobeat (on pense à Debo Band). On préconise les zones mid-tempo avec des développements lents, mais efficaces. Un son globalement accessible, harmonique, relâché, mais sans concessions.

Pour les amateurs de post-rock, free-jazz, world-jazz…

***1/2 sur *****

 CF294

Eric Revis Quartet, In Memory of Things Yet Seen, Clean Feed, 2014.

Projet du contrebassiste Eric Revis, avec Bill McHenry au saxophone ténor, Brandford Marsalis au saxophone ténor, Chad Taylor à la batterie, et Darius Jones au saxophone alto.

Un album massif, le 1er de la formation, avec beaucoup de sax que nous offre le contrebassiste américain Eric Revis. Largement connu pour être le contrebassiste attitré de Brandford Marsalis, Revis tend de plus en plus à aller vers un registre libre et détendu, notamment dans ses collaborations avec Kris Davis et Andrew Cyrille. Ici, par contre, à part deux morceaux improvisés, l’album comprend des compositions de Revis et une de Sun Ra. Les pièces ne sont pas trop longues (entre 2 et 7 minutes), comme des vignettes sonores compactes et  puissantes, empreintes d’improvisation chargée. C’est lourd, chromatique, parfois soul (merci Darius Jones), ça arrache, ça provient de la gorge, c’est sombre, mais en même temps groovy et jouissif. On pense à Coltrane, à Ornette Coleman, version années 70, Dewey Redman, Ken Vandermak, même Hank Mobley ou Clifford Jordan.

Une belle réussite de jazz intense, freeboppy, très rythmique et pertinent. Les compositions demeurent originales et surprenantes, avec des brisures mélodiques et de tons adéquates. Un beau retour vers le futur.

Pour les amateurs de post-bop sans limites, de free-bop et de saxophone qui cogne…

**** sur *****

 Wire-Quartet

Rodrigo Amado, Wire Quartet, Clean Feed, 2014.

Projet du saxophoniste Rodrigo Amado, avec Gabriel Ferrandini à la batterie, Hernâni Faustino à la guitare basse et Manuel Mota à la guitare.

Premier album avec cette formation.

Vous avez dit free-jazz ? Oui maman. Voilà une bonne dose d’électricité là où il faut, drette dans le cerveau. Ça blow mes amis, avec une guitare qui déchire sans jamais tomber dans l’inintelligible. Il y a du concret dans ces trois improvisations, dont une pièce de 28 minutes. Un jazz pour les roughs and toughs de ce monde. Ce n’est pas toujours dans le tapis, mais tout de même. Amado sait canaliser l’énergie de ses troupes, avant un nouveau départ tendu, avec un son de sax ténor bien gras. Maître de l’improvisation libre couplée à la guitare électrique, Rodrigo Amado est l’un des meilleurs dans ce genre d’élément. Le saxophoniste portugais possède une feuille de route impressionnante dans le monde du free-jazz et du free-rock. Pour se convaincre de son talent, je vous suggère d’écouter le Luis Lopes Humanization Quartet, chez Ayler Records.

Ici, il joue beaucoup de notes, triture son phrasé, gauche-droite, bas-haut, toujours en quête d’originalité bien concentré. Le support rythmique est adéquat, jamais perdu, la guitare basse étant discrète, mais nécessaire. Mention spéciale au jeu de Manuel Mota à la guitare, avec un finger picking du tonnerre, rapide et sec. Le sax et la guitare sont les deux locomotives narratives sur cet album.

Attachez-vous bien, quand ça décolle, ça décoiffe !

Pour les amateurs de Marc Ducret, ZED Trio, de jazz-rock, noise et free-jazz…

**** sur *****

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