"Not All that Jazz"

compte-rendu Kaze @ Sala Rossa, 8 septembre 2013…

In Compte-rendu on 9 septembre 2013 at

kaze

Le vent t’emportera…

Kaze, Sala Rossa, Montréal, dimanche 8 septembre 2013…

Il y a de ces soirées où tu ne penses pas être transporté ci-haut, mais avant même d’avoir réalisé, voilà que la rafale t’emporte pour te laisser choir un peu plus loin, énergisé, ragaillardi. C’est ce qui m’est arrivé hier au contact de Kaze (prononcé Ka-zé), quartet de souffle (kaze signifie vent en japonais) formé par Christian Pruvost et Natsuki Tamura à la trompette, Satoko Fujii au piano et Peter Orins à la batterie. Ils venaient nous présenter leur deux disques jusqu’à maintenant, Rafale (Circum Libra, 2011) et Tornado (Circum Libra, 2013).

Le concert débuta justement par le vent, par le souffle tranquille de Pruvost rejoint subtilement par la batterie d’Orins. L’ambiance est délicate pour un moment, Fujii frotte les cordes à l’intérieur du piano pendant que Tamura se réchauffe les muscles par petits sons. Puis, la composition prend de l’ampleur, les quatre musiciens se retrouvent et voilà un chorus écrit plutôt lourd et vigoureux. Il s’agit d’un jazz composé avec des repères, de nombreux solos et possédant une facette d’improvisation manifeste. La tension est palpable, les pièces s’élèvent par des crescendos tournoyants. La musique est expressionniste, un peu sombre, sévère, sorte de narration lyrique où l’homme s’accroche dans un monde en tempête perpétuelle. Les musiciens y sont au centre, protégés, nous y sommes à l’extérieur, pris de court, frappés

Fujii commande aux ivoires, joue vigoureusement, rapidement, utilisant le clavier de gauche à droite, martelant les notes dans des mouvements cycliques, à l’écoute, repérant des motifs afin de les utiliser comme ressorts à ses improvisations. Elle est en constante permutation. Par-dessus elle, les trompettistes articulent des phrasés forts. Pruvost est tout simplement hallucinant. Il utilise plusieurs embouchures différentes tout comme des sourdines, étouffant le son, on dirait de la friture sur les ondes radiophoniques. Il change ainsi régulièrement les textures sonores de son instrument, on l’entend parfois marmonner. Il bouge sa trompette, varie son tonus, colorie parfaitement son discours. Puissance, originalité et raffinement

Orins est un batteur droit, sec, utilisant le minimum comme batterie, aucun accessoire. Il sait bien doser l’énergie afin de ne pas jouer par-dessus ses acolytes. Il fait grincer les peaux avec ses doigts, ça tangue, il fait tournoyer et résonner sa cymbale par le contact d’une autre qu’il tient dans ses mains comme une scie. Au moment voulu, il deviendra une bête féroce propulsant la musique dans une direction jazz hardbop. Il prendra un solo très carré, avec micro-pause avant une solide accélération de tempo où le quartet finira dans un climax très apprécié. Voilà une des forces de cette musique, les finales haletantes aux mélodies inspirées.

Tamura pour sa part, gifle l’espace avec sa trompette, style précis, expressif à la Charles Tolliver ou Woody Shaw avec une jolie urgence. Il est celui ajoutant les petits bruits, utilisant les cloches, augmentant les impros par ses interventions minutieuses et parfois décalées. Puis, sans crier gare, il se lancera dans une improvisation verbale, sorte de théâtre nô d’une autre époque. Accompagnée par une ligne envoûtante de Pruvost, sa longue diatribe marquera le concert par son originalité et sa magnitude évocatrice malgré la barrière langagière et son caractère théâtral.

C’est ce trait narratif qui séduit tant dans cette musique tendue. 90 minutes de sévères bourrasques nous élevant entre la France et le Japon via Montréal. Suis retombé quelque part, pas exactement au point d’origine…

Kaze, 8 septembre 2013, Sala Rossa, Montréal…

Christian Pruvost, trompette

Natsuki Tamura, trompette

Satoko Fujii, piano

Peter Orins, batterie

-Maxime Bouchard

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