"Not All that Jazz"

compte-rendu de: Le Ratchet Orchestra joue la musique de Malcolm Goldstein, 12 juin 2013, Sala Rossa, Montréal…

In Compte-rendu on 13 juin 2013 at

945187_640854192594981_2102432105_n

Nouvelle musique…beauté actuelle…?

Le Ratchet Orchestra joue la musique de Malcolm Goldstein, 12 juin 2013, Sala Rossa, Montréal.

Pour cette soirée de musique actuelle, le Ratchet Orchestra s’était donné comme mandat de rendre sa dette envers le compositeur Malcolm Goldstein. Plusieurs membres de l’ensemble ont joués par le passé avec ce dernier et il fut un mentor pour certains d’entre eux. Afin de rendre l’expérience plus tangible, le Ratchet Orchestra commanda une composition à Goldstein, une première pour l’ensemble en ce qui concerne ce genre de commande auprès d’un compositeur important. Le compositeur et violoniste joignit l’orchestre du même coup.

J’avoue ne pas connaître l’œuvre de Malcom Goldstein né en 1936 à Brooklyn et vivant à Montréal depuis 1992. On peut lire qu’il œuvre dans la musique actuelle et improvisée depuis le début des années 60, ayant travaillé avec des compagnies de danse tout en parcourant les divers festivals de nouvelle musique. L’intégration de section improvisée est une donnée intégrante de sa technique d’écriture. Sa maîtrise du violon étant reconnue comme innovatrice à maints égards.

Au programme du concert, il y avait 5 compositions pour un peu moins de deux heures de musique, la configuration de l’ensemble changeant selon les morceaux. C’était la première fois que je voyais le Ratchet Orchestra en concert. Ce que j’avais entendu sur disque n’avait pas grand-chose à voir avec la proposition ici présentée. On parle de nouvelle musique et de musique actuelle, ce qui n’est pas mon créneau de prédilection, mais mon oreille était prête ! Résumé.

The Seasons : Vermont / Summer 1979 (1983)

Composition de type nouvelle musique à saveur très texturale. Au départ Goldstein présente la pièce, mais malheureusement j’ai rien compris. Un micro aurait été de mise. Au centre de l’espace de jeu, il y a un gros magnétophone à ruban qu’il actionnera. Des sons d’oiseaux et de nature surgiront de l’appareil. Les musiciens sont dispersés dans la salle. À ma droite Lori Freedman, devant moi un violoniste, plus loin à gauche le trombone, en haut cachée, la trompette. Les musiciens improvisent, grattouillent leurs instruments, sifflotent, grattent, tapotent. Nous sommes en forêt, ou à la campagne, ballade en bicyclette au Vermont par une belle journée d’été. On pense aux animaux, moustiques, au règne végétal loin de l’assourdissement de la civilisation humaine.  Il n’y pas de crescendo, ce n’est pas une « toune qui décolle », ça coule de source, comme un ruisseau millénaire. Goldstein sort une buche, y martèle un clou ! Freedman utilise le velcro de sa botte, etc. Le son du magnétophone semble être la ligne directrice, il y a surement des « cues » quelque part…

Sheep Meadow / Solo Violin Response (1966)

Le deuxième morceau présenté fut un solo de Goldstein au violon soutenu par une bande pré-enregistrée. La musique n’est pas trop forte, il y a composition, mais il est difficile de cerner ce qui est du ressort de l’improvisation versus l’interprétation. Beaucoup d’effets de glissement, un peu d’attaque, pas trop percussif. Dans mon cas, ça manque un brin d’émotion.

Soweto Stop (1985) *dédiée pour l’occasion à Nelson Mandela

Le meilleur moment du concert à mon avis. Voilà une composition très jazzée avec racines africaines et super groove de contrebasse. Il y aura des « lead » de trompette par Elwood Epps et de saxophone par Jean Derome. Le piano est maintenant présent de même que la batterie, c’est un nonet. Ça swing, on pense à Charles Mingus. Goldstein est à l’écart, il regarde, l’air heureux. Les différentes parties du nonet s’échangent les chorus dans un postbop toujours actuel, un brin aventureux et de bon goût. Réussite !

Two Silences (2003)

Possiblement le morceau le plus difficile d’exécution pour les musiciens malgré le caractère simple au premier abord de la composition. Les yeux fermés, on croirait entendre des sons de synthèse, un ordinateur, un long bourdonnement. Les musiciens sont rapprochés l’un de l’autre, en demi-cercle, Derome au centre comme pivot. Ils poussent de longues notes à répétitions. Les changements sont subtiles, en finesse, micro-intervalle décallé, intercallé. Bien fait.

In Search of Tone Roads #2 (for Charles Ives) (2013) *commande du Ratchet Orchestra

Finalement une composition pour tout l’ensemble, 15 musiciens, Goldstein officiant en chef d’orchestre. Il dirige les improvisations par de petites indications. La pièce est mid-tempo avec de jolis passages des anches et des violons . C’est n’est pas du jazz sans être de la musique classique ou actuelle, sorte d’entre deux intriguant, mais tout de même une proposition somme toute cérébral. Ce n’est pas le déferlement, le kaboum paf pouf, il y a une douceur dans ce balancement harmonique. Plusieurs musiciens auront des espaces libres et des solos toujours bien appuyés par leurs confrères. Ça respire amplement. On quitte la salle réjouit sans avoir été trop brusqué, ni totalement enchanté.

Et c’est le risque avec la musique actuelle pour moi. Je cherche le beau, mais il fuit, comme par exprès.

Le Ratchet Orchestra joue la musique de Malcolm Goldstein, Sala Rossa, Montréal, 12 juin 2013.

Malcolm Goldstein, compositeur, chef d’orchestre
Nicolas Caloia, contrebasse
Chris Burns, guitare electrique
Isaiah Ceccarelli, batterie
John Heward, batterie
Ken Doolittle, percussions
Josh Zubot, violon
Guido del Fabro, violon
Jean René, violon alto
Ellwood Epps, trompette
Lori Freedman, clarinette
Jean Derome, sax alto, flûte
Yves Charuest, sax alto
Damian Nisenson, sax tenor
Scott Thomson, trombone
Jason Sharp, sax baryton

-Maxime Bouchard

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :