"Not All that Jazz"

Compte-rendu concert de Black Host, 26 mai 2013 Sala Rossa…

In Compte-rendu, Concert on 27 mai 2013 at

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Devine qui vient diner ?

Black Host, 26 mai 2013, Sala Rossa, Montréal…

L’affiche était intéressante. Un nouveau quintet, Black Host, mené par l’un des meilleurs batteurs new-yorkais, Gerald Cleaver. Personne dans la salle n’avait entendu leur musique auparavant, l’album n’étant disponible que le 28 mai 2013. Par contre, il manquait un membre au groupe, le pianiste Cooper-Moore. Le quartet fit tout en son pouvoir afin que l’on ne s’en rende pas compte. Mais puisque personne n’avait entendu leur musique et compte tenu du talent des musiciens, ce fut chose facile.

Le concert débuta presque de manière informelle. Très doucement, les musiciens se réchauffèrent en tapotant sur leur instrument. Au sax nous retrouvions le toujours très soul et intense Darius Jones, à la guitare l’agité Brandon Seabrook, à la contrebasse le puissant Pascal Niggenkemper et bien évidemment Cleaver à la batterie.

Une fois les muscles déliés, l’atmosphère établie, le quatuor passa en deuxième vitesse, puis en 3e même en 4e…Je ne m’attendais pas à une proposition aussi « violente ». Le son est manifestement plus fort qu’à l’habitude. Notamment pour la contrebasse. Quel son puissant et gros, le groove de Niggenkemper est partout, une toile vierge sur laquelle dessiner les plus beaux effets. Quel sens du rythme. Impressionnant. Lui et le batteur seront de connivence toute la soirée, répétant parfois des séries de notes pendant de longues minutes, de manière hypnotique, presque africaine.

Cette musique est certes d’avant-garde pour l’amalgame proposé. Jazz, fusion, soul, postbop, free-jazz, jazz modal, prog-rock. Cela pourrait être indigeste mais ne l’est pas. Il y a des partitions, des thèmes, des astuces précises. Les musiciens jouent presque toujours en même temps. Nous sommes loin de la forme traditionnelle jazz thème-solo-solo-thème. On préconise la forme longue. Le premier morceau durera 45 minutes. Une déferlante sans arrêt parfois proche du noise. Je suppose qu’ils jouèrent 3-4 pièces amalgamées l’une dans l’autre. Force du groupe, la qualité des progressions et des transitions, presque imperceptibles, mais sensibles. La répétition de motifs est aussi partie prenante de la proposition. Et dire qu’il manquait la couche de piano-synthétiseur!

C’était la première fois que j’entendais en concert le guitariste Seabrook. Il joue de la pédale, ajoute de la réverbération, multiplie les séries de notes aigües serrées. C’est un phénomène. Il a la dégaine un brin punk, génie fou de la guitare. Il bouge la tête en diable, sans toutefois proposer des structures très mélodiques. Belle découverte pour ma part.

J’avais bien hâte de voir fois Niggenkemper en personne. Wow, quel musicien complet. Que ce soit dans un registre plus groovy ou free il assure. Il joue fort, gros, gras, il transpire, il a même changé de chemise entre les deux sets. Il utilisera l’archet, tout comme une sorte de soucoupe sur le manche afin de trituré le son. Aussi, entre ses deux premières cordes, il y a un cordon qu’il fera glisser de bas en haut afin de produire un effet de frottement saisissant. Il nous surprendra par sa fougue et son énergie. Son groove nous enrobe, envahissement sonique.

Ils jouèrent 4 blocs musicaux distincts pour presque deux heures de musique énergisante et puissante. Le dernier morceau surfant avec la ballade soul permit à Jones de finalement s’illustrer avec un solo plus généreux et tranchant. Il aime jouer fort. Son alto résonant comme un ténor à certains endroits.

Black Host n’est pas pour les cœurs tendres. Il n’y a pas vraiment d’espace pour respirer, ce qui peu déstabiliser, agacer. De fait, la proposition est exigeante pour le spectateur, mais non dans le sens free-jazz intello. Ici, nous sommes plus proche de The Thing et Powerhouse Sound que de Joe Morris. Le son est tellement puissant et fort qu’il nous happe de plein fouet. Il pénètre à l’intérieur de nous…et nous devenons son hôte…

Black Host, 26 mai 2013, Sala Rossa, Montréal…

-Maxime Bouchard

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