"Not All that Jazz"

Compte-rendu, Dan Tepfer & Lee Konitz, 8 décembre 2012 @ Upstairs…

In Compte-rendu on 10 décembre 2012 at

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Retour à la base…

Dan Tepfer & Lee Konitz, Upstairs, samedi 8 décembre 2012, premier set…

Retour au Upstairs après quelques mois sans y avoir mis les pieds. En fait, j’ai l’impression d’avoir pris une certaine pause concert depuis quelques temps. Question de me ménager ? L’offre n’était pas bonne ? Bah, peut-être juste le désir de décanter tout ce jazz entendu l’été dernier.

On se déplaçait pour une jolie visite samedi soir dernier. Un duo intergénérationnel liant d’un coté, un géant du saxophone alto, né en 1927, Lee Konitz et de l’autre, un pianiste américain de 29 ans, Dan Tepfer. Si le premier se passe de présentation, Tepfer pour sa part possède, malgré son jeune âge, une feuille de route particulièrement intéressante. Bachelier en astrophysique de l’université d’Édimbourg, né à Paris de parent américain, il est aussi diplômé du New England Conservatory en jazz à la maîtrise. Féru de musique classique, il enregistrait l’an dernier les célèbres Varations Goldberg de Bach sur étiquette Sunnyside (Golberg Varations/Variations).

La formule du duo Lee/Tepfer est très simple tout en étant férocement jazz. Sorte de retour à la base, c’est l’improvisation pure qui prédomine ici. Ainsi, rien n’est préétabli pour le concert, l’inspiration du moment guidera les musiciens dans le choix des morceaux joués. Pour le premier set samedi soir, nous avons eu droit à une relecture de Stella by Starlight, j’ai cru reconnaître All The Things You Are, Solar ? Alice in Wonderland ? Entre les pièces Konitz parle un peu au public, fait dans l’humour avant de  nous interpeller directement pour des demandes spéciales. Un client demandera On Green Dolphin Street et on l’aura (Tepfer surpris par la demande rétorqua qu’il y avait bien 5 ans qu’il ne l’avait joué…avant de s’exécuter brillamment).

La musique offerte au public fut douce, feutrée, mais très abstraite. Voilà le genre de jazz se situant entre le « mainstream » et le free-jazz. Les thèmes sont suggérés subtilement avant de longues improvisations où la métrique joue à cache-cache. Mid-tempo de manière générale, on flirte presque avec le silence avant quelques poussées féroces du pianiste, sans jamais toutefois tomber dans le hardbop ou le blues. Nous sommes plus proches ici de l’impressionnisme, d’un Bill Evans, d’un Brad Mehldau ou même Keith Jarrett. D’un autre coté, j’ai cru percevoir des influences de Monk ici et là, dans le caractère parfois « carré » du jeu de Tepfer. Il y a une certaine retenu et l’on s’amuse dans ces paramètres.

Konitz pour sa part est fidèle à sa réputation. Le son est clair, suffisamment puissant afin de faire contrepoids aux superbes habiletés du pianiste. Cool demeure encore un bon qualificatif dans son cas. Il nous berce, réinventant son discours continuellement. Sommet de bon goût il ne joue pas pour jouer, s’il faut il s’arrête, pense, puis revient, là, mais déjà ailleurs. Ce n’est pas un « blowing session », mais plutôt un récital intimiste.

Vers la fin du concert, Tepfer interprétera 3 variations Goldberg de Bach transposées dans l’univers jazz. Le public sera sur le cul. Voilà un pianiste au registre immense, entre l’émotivité classique, l’abstraction de l’avant-jazz et la liberté formelle telle qu’on peut l’entendre sur leur disque en duo, Duos With Lee (Sunnyside, 2009) où l’improvisation prend toute la place, entre légèreté et rigueur.

Un bon set d’environ 1h15, 5-6 morceaux d’un jazz quelque peu exigeant si l’on si frotte pour la première fois (le couple à ma gauche n’avait pas l’air d’avoir du gros fun, tandis qu’en arrière une madame affirma haut et fort « hoo que c’est beau, c’est incroyable, jouer du piano je voudrais jouer de même »…) Y’aurait fallu s’y mettre avant madame…Parlez-en à Lee, cela fait plus de 70 ans qu’il pratique son saxophone. Il cherche toujours, encore et encore…

-Maxime Bouchard

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