"Not All that Jazz"

compte-rendu, François Houle 5 + 1, 3 juillet 2012 @ Casa Del Popolo…

In Compte-rendu on 4 juillet 2012 at

L’exigence du jazz !

François Houle 5 + 1, 3 juillet 2012, Casa Del Popolo…

Détour ou plutôt retour vers la Casa en ce mardi soir pour la présentation du concert de François Houle 5 + 1 (Houle aux clarinettes, Taylor Ho Bynum au cornet et bugle, Samuel Blaser au trombone, Benoît Delbecq au piano, Harris Eisenstadt à la batterie et Michael Bates à la contrebasse). Loin des foules du FIJM une poignée d’aficionados s’était donné rendez-vous pour la venue d’un groupe composé de 4 vedettes montantes et de deux vétérans de l’avant-garde jazzistique. Avec cette surenchère de jazz à Montréal l’on ne pouvait s’attendre à la manne pour ce groupe de calibre et de facture internationale (3 Canadiens, 1 Français, 1 Suisse, 1 Américain). Petite salle, petite foule, mais pour de la grande musique !

J’étais motivé pour ce concert puisqu’à part Eisenstadt, je voyais pour la première fois les 5 autres musiciens, musiciens dont j’écoute la musique depuis quelques années tout en appréciant beaucoup leurs œuvres. En tournée canadienne depuis le 25 juin afin de promouvoir leur nouvel album Genera (Songlines) FH 5 + 1 en était à son 6e concert en notre sol. En ce sens, leur performance affichait la confiance et l’énergie d’un groupe bien rodé. Les compositions de Houle pour ce sextet sont assez exigeantes pour l’auditeur. La métrique est mouvante, il y a plusieurs couches simultanées. Des pointes surgissent ici et là, l’on perçoit des sons étouffés, des attaques de piano et de batterie apparaissent pendant les solos dans un enrobage abstrait. C’est un freebop pour adulte consentant. Rien n’est donné, il faut être alerte afin de saisir les nuances.

Le premier set fut mid-tempo avec des accents blues maîtrisé par le contrebassiste Michael Bates, ma surprise de la soirée. Il est vigoureux, très présent et joue fort tout en rebondissement. Le deuxième set fut marqué par une longue pièce en forme de suite de plus de 45 minutes où le tempo variait souvent. Un coloriage sonore bricolé avec brio par le sextet. Nouvelle-Orléans, hard bop, free jazz, tout un univers s’est dessiné ainsi sous nos yeux, pour nos oreilles. Il y aura beaucoup d’improvisation, les musiciens se parlant sur la scène, essayant de se retrouver dans cette pièce fleuve. Les partitions bougent, les solos s’affirment, le jazz se décline. La matière est un peu opaque, le public captif, les applaudissements étant réservés pour la fin des morceaux.

Au niveau individuel, tous les musiciens du groupe sont des artistes exceptionnels. Taylor Ho Bynum fera crier son cornet à quelques reprises, c’est strident, mais jouera dans un registre plutôt doux, usant des « mutes » ou autres accessoires de sorte à altérer le timbre de son instrument (par exemple un chapeau ou même un disque compact). Blaser est un tromboniste d’exception très groovy, puissant. Lui aussi utilisera souvent une sourdine, l’effet gras rappelant les belles années de cet instrument au son chaud et enveloppant. Houle pour sa part, est au centre du groupe, il joue parfois de deux clarinettes en même temps, dosant bien ses solos de facture inside-outside. Delbecq dans ce contexte est beaucoup plus sage qu’en solo ou avec un trio. Ses explorations se limitent à quelques brisures rythmiques, contrepoint, bloc, etc. On sent qu’il peut en faire beaucoup plus, le piano de la Casa n’étant pas des plus « précieux »…Heisenstadt se révèle la force tranquille, coloriant avec les pinceaux, jouant avec ses mains, maintenant le beat dans ce dédalle complexe.

Bref, une autre belle soirée jazz offerte à la Casa, un peu exigeante, mais tellement gratifiante dans un environnement non commandité et libre !

-Maxime Bouchard

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