"Not All that Jazz"

compte-rendu FIJM 2012: Rafael Zaldivar, Wayne Shorter Quartet, Miles Smiles…

In Compte-rendu on 3 juillet 2012 at

3 concerts différents, un compte-rendu !

Rafael Zaldivar avec Greg Osby, 28 juin 2012 à l’Astral dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal…

J’ai toujours peur quand prend fin le Suoni et que débute le FIJM. Peur d’être déçu par le FIJM, par la froideur des grandes salles, par la distance entre les musiciens et le public. Je dois réviser mes attentes, prendre une autre paire de lunettes…

Mon FIJM débutait cette année par la performance de l’un des plus beaux talents locaux à émerger récemment, le pianiste d’origine cubaine Rafael Zaldivar. Fort d’un nouvel album lancé il y a quelques jours, Drawing sous étiquette Effendi, nous étions en droit à nous attendre à un concert enlevant, d’autant plus que le saxophoniste Greg Osby y participait (comme sur l’album d’ailleurs). J’ai bien aimé la matière de l’album Drawing où l’on perçoit davantage de maturité, de variété et de contrôle chez Zaldivar que sur son premier album Life Directions. La matière est riche, accessible sans tomber dans la facilité mièvre.

De manière générale, le concert reprenait exactement le contenu du disque avec la même formation; Zaldivar au piano, Rémi-Jean Leblanc à la contrebasse, Philippe Melanson à la batterie, Greg Osby au saxophone, Eugenio Osorio aux percussions et Lisanne Tremblay au violon. La bonne idée fut de jouer avec les possibilités que permettent 6 musiciens. Ainsi, le concert débuta avec le trio original de Zaldivar, piano-contrebasse-batterie pour deux pièces dont Bright Mississippi. Puis, Osorio et le pianiste échangèrent  un duo avant d’être rejoint par Leblanc et Melanson pour clore le premier set en quatuor. 45 minutes nous étions déjà en pause ?! Pause inutile à mon avis.

La musique proposée est relativement « mainstream » dans le jazz avec des touches latines, bop et classiques. Il y a certes de bons moments, mais généralement je ne fus pas transporté ailleurs durant cette première partie. Il faudra attendre la venu de Osby pour que les choses se réchauffent et encore. Très limité dans son temps de jeu (les pièces ne donnent pas beaucoup de place aux longs solos) Osby joua sobrement avec son style franc, direct et lyrique. Encore une fois, le set fut orchestré de manière progressive afin de clore avec les 6 musiciens ensemble sur la scène pour les deux derniers morceaux. Ils en jouèrent 5 au total dont Chan Chan.

Il y a beaucoup de potentiel en ce pianiste, excellent technicien et bon compositeur. Il semble très l’aise sur scène tout en présentant ses compositions au public. De mon côté cependant, ce concert n’est pas venu me chercher comme ceux des semaines précédentes. Peut-être je n’étais pas assez émotif face aux musiciens, je n’avais pas d’appréhension. Il manquait le facteur wow, le frisson intense après le superbe solo. Du bon jeu d’ensemble certes, des mélodies adéquates, mais il manque encore plusieurs concerts à cet ensemble pour qu’il trouve son identité de manière solide. De toute façon, moi j’aime ça plus rude et intense. Malgré tout, l’album mérite considération.

Wayne Shorter Quartet, 29 juin 2012 au Théâtre Maisonneuve dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal…

Le lendemain, je me payais la totale ! Première rangée, sièges 3 et 5 dans le centre. J’avais acheté mes billets la première heure de la prévente en février je crois. J’attendais ce concert depuis des mois, même des années. Je portais mon t-shirt rouge de l’album Indestructible d’Art Blakey’s Jazz Messenger, album sur lequel Shorter joue ! Étant un grand fan du saxophoniste ce fut le rêve, un rêve éveillé de près de deux heures. À part Brian Blade à la batterie, c’était la première fois que je voyais les 3 autres musiciens, Danilo Pérez au piano et John Patitucci à la contrebasse.

Le concert débuta relativement lentement, comme si les musiciens s’observaient, se réchauffaient, Pérez se déliant les doigts sur des motifs plutôt classiques, impressionnistes et romantiques. Petit à petit l’énergie grimpa, Shorter jouant du sax ténor par séquences, alignant les courtes phrases, étirant les dernières notes, faisant résonner le son sur le piano, appuyé sur celui-ci. Il ne joue pas trop, usant du silence pendant ses interventions. Sa présence est chamanique, une aura de féroce tranquillité se dégage de cet homme. Il toise la foule, nous regarde un peu à la première rangée. Parfois, il semble surpris de ce qu’il vient de jouer, il se cogne la tête avec sa main, il fait signe à Pérez, il porte l’embouchure à sa bouche, puis change d’idée, non pas ici, il attend, il revient, il souffle, oui là !

On parle presque ici d’un récital. Les pièces ne sont pas découpées, il n’y pas d’amorce précise, ni de fin, que du mouvement, un « flow » perpétuel avec quelques indications seulement sur la partition devant les musiciens. L’improvisation domine. Proche comme je suis, j’observe les échanges visuels des 4 artistes. La connexion est fantastique, immédiate. Ils articulent un langage musical rarement entendu ailleurs. Ils s’échangent les solos de façon naturelle, prennent une pause en regardant l’autre travailler, s’amuser, pour revenir dans la musique quelques mesures plus loin. En crescendo, la composition fait son œuvre et c’est bientôt le paroxysme avec Shorter au sax soprano. Nous sommes toujours dans la première pièce, entre la 30e et la 40e minute, c’est un climax ultime propulsé par le génial Blade appuyant de plus en plus fort sur ses peaux et cymbales. Oh shit, où sommes nous, je suis entièrement submergé, je souris et je pleure en même temps, c’est l’extase musical, c’est une raison d’être, une délirante jouissance.

La première pièce se termine quelque part, le public explose, applaudissement ! Le concert se poursuit dans la même foulée, une longue composition ne se terminant jamais…Shorter siffle dans le micro, Pérez écrase sa bouteille d’eau près du piano, Patitucci utilise l’archet, Blade les chaînes, nous sommes dans l’abstraction, avant-garde boppy. Subitement, le contrebassiste fait vibrer un gros groove, les autres entrent dans le jeu, c’est gras et puissant, ils travaillent à un autre crescendo d’enfer…Nous sommes presque à la fin de la route. Deux pièces, une heure et demie de jeu ! Il y aura deux rappels où l’on pourra entendre Joy Rider, une composition plus hard-bop, mais tout de même intense et un dernier morceau que je ne peux identifier sur le coup (ce fut By Myself, un standard).

En quittant la salle, sous le choc, ma blonde et moi réalisons le moment unique venant de s’accomplir devant nos yeux. Ce n’était pas un concert comme les autres…Quelque chose s’est passé ce 29 juin 2012. Ma blonde est persuadée que Shorter remarqua mon t-shirt. Indestructible, comme le pouvoir de la musique, du jazz, de Wayne Shorter !

Miles Smiles avec Wallace Roney, Bill Evans, Darryl Jones, Joey DeFrancesco, Larry Coryell et Omar Hakim, 2 juillet 2012 au Théâtre Maisonneuve dan le cadre du Festival International de Jazz de Montréal…

À chaque édition depuis quelques années, le FIJM étire et capitalise sur la nostalgie en présentant un projet autour de la musique du grand Miles Davis. Des projets inégaux à la pertinence plus ou moins égale.  Cette année c’est le collectif Miles Smiles qui se chargeait de faire revivre sur scène un chapitre de l’incroyable carrière du trompettiste. Au départ en lisant le nom du projet, bien naïvement, je croyais que la matière principale serait celle du 2e quintet classique de Miles, circa 1967…Cependant, en y regardant de plus près, en lisant le nom des musiciens associés à l’aventure je doutai. Une fois le concert débuté, le doute ne pouvait subsister, on célèbrera le Miles Davis des années 80 avec certains artisans de cette période.

La foule semblait gonflée à bloc pour ce concert relativement court et très traditionnel dans sa facture. Ils jouèrent 4 morceaux, dont Maze, plus un rappel où ils offrirent Jean-Pierre avec sa mélodie accrocheuse et appréciée du public. Sinon, j’ai cru remarquer Amandla…C’est que je ne suis pas le plus familier avec le Miles des années 80, je n’aime pas vraiment la basse électrique dans le jazz. Le sextet proposa un jazz plutôt funk, groovy à la limite entre le fusion et l’Afrique, le tout soutenu par le funky-rock bassiste Darryl Jones. Pas très originales, les pièces avaient la même formule : départ en sextet, solo de Roney, solo de Bill Evans (sax ténor ou soprano), solo de Lary Coryell (perdu un peu dans le mix, mais brillant lors des solos, assez rock merci !) solo de Joey DeFrancesco à l’orgue Hammond B3 (excellent organiste, mon musicien préféré du concert avec Coryell) retour en sextet avec le thème, finale. Il y aura un seul solo de basse et un seul solo de batterie. Par contre, le batteur et le bassiste furent la gazoline du concert, liant les 6 musiciens relativement isolés.

En somme, une musique un brin datée, très référencée et s’adressant aux amateurs du genre. Les yeux fermés nous étions en 1988. Dommage, mon calendrier affiche 2012…Il y a du retard à quelque part…

-Maxime Bouchard

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :