"Not All that Jazz"

compte-rendu Ellery Eskelin Trio New York, 17 juin 2012 @ Sala Rossa…

In Compte-rendu on 18 juin 2012 at

Le jazz c’est chaud….

Ellery Eskelin Trio New York, 17 juin 2012, Sala Rossa…

Suis arrivé au concert du saxophoniste Ellery Eskelin en retard, je m’en voulais. J’avais oublié que les portes ouvraient 30 minutes plus tôt qu’à l’habitude, sans doute parce que le dimanche, on préfère sortir moins tard. Quand je suis entré dans la Sala Rossa, le trio développait une improvisation torride. Ça devait être le milieu de la pièce, peut-être pas, c’est dure à dire. J’ai du manquer au moins 20 bonnes minutes du concert. Néanmoins, la fin du set ne manquait pas d’originalité. Car c’est un trio particulier que celui monté par Eskelin. On peut l’entendre sur l’album Trio New York (Prime Source, 2011).

L’originalité réside dans la présence de l’orgue Hammond B3. Ce dimanche, c’était la première fois que je me frottais en concert à cet instrument d’une autre époque. Du public, on pouvait voir l’intérieur de l’orgue, celui-ci étant ouvert sur le derrière. On voit les fils électriques, les connections…L’orgue est aussi branché à une sorte d’amplificateur que l’on nomme cabine Leslie, sur lequel il y était inscrit « magical ». Actionnée par l’organiste, la cabine produit un effet sonore proche du vibrato. Assez magique en effet comme instrument.

Trio New York, outre Eskelin, est formé de Gerald Cleaver à la batterie et de Gary Versace à l’orgue. La mère du saxophoniste, une ancienne organiste, lui donna son vieil orgue à la fin des années 2000. Petit à petit, Eskelin redécouvrira les possibilités de l’instrument en organisant des jam-sessions dans son appartement. Puis, suite à la rencontre de Versace, l’idée d’un trio germa, jusqu’à faire son chemin sur disque et finalement en tournée !

L’idée de base du trio est de retravailler des standards ou des trucs plus obscurs puisés dans la mémoire et les influences d’Ellery Eskelin. Pour vous donner une idée, après mon arrivé ils jouèrent, dans l’ordre : Wee See (de Monk), I Don’t Stand a Ghost of a Chance With You, My Ideal, Just One of Those Things, How Deep is The Ocean et Flamingo (pièce de Earl Bostic).

L’approche de ce trio est très « inside-outside ». Le thème des pièces est souvent fuyant, on ne le perçoit pas d’emblée, il faut patienter, on le cherche. Les mélodies sont cachées, elles apparaissent après de longues improvisations exploratoires, l’on passe du free à des mesures plus strictes. Le jeu est assuré, on prend bien le temps afin d’établir des atmosphères en constantes progressions lyriques, les morceaux s’étirant parfois au delà de 15 minutes. Ainsi, la pièce peut débuter par un solo d’orgue, puis un solo de batterie, puis un solo de sax avant que la batterie revienne et l’orgue de nouveau pour conclure en trio. Eskelin est au centre sans jamais prendre toute la place. Il est calme avec son chapeau style Pork Pie Hat, jouant assez loin du micro.

Le son de son sax ténor est franc, direct, rond, toujours en alternance entre les basses et les aiguës, il monte comme il redescend, sans fioritures. Ses lignes sont ni trop longues ni trop courtes. Le tempo général est moyen, malgré quelques pointes d’intensité comme sur My Ideal ouvrant le 2e set. N’en demeure pas moins, l’ambiance générale est mellow, blue, très « after dark » et New York, on souhaiterait pouvoir fumer. Il fait chaud, c’est chaud. Nous ne sommes pas dans la véhémence ou le free éclaté. C’est un jazz aux accents traditionnels, style fin 1950, mais habilement arrangé par des instrumentistes habitués à l’avant-garde. Dès lors, les possibilités deviennent infinies. C’est un retour aux « sources », à l’imaginaire de l’enfance afin d’y puiser de nouvelles idées, une nouvelle direction, une réactualisation gagnante, vibrante.

Versace à l’orgue fait presque office de contrebasse. Avec sa main gauche il tapisse le rythme, s’accompagne, tandis que sa main droite devient plus mélodieuse. Il peut jouer vite et profond, tout en augmentant parfois le volume de l’orgue ou en modifiant le son final avec les multiples touches et les pédales. C’est très soul, pas vraiment funky, plutôt jazz et bop. Gerald Cleaver va maintenir l’équilibre entre les deux autres musiciens, hyper habile avec les balais, usant des cymbales constamment, annonçant les transitions par un violent coup de caisse ou de bass drum. Il est d’une forte présence, digne héritier des plus grands batteur free.

Trio New York, c’est un concept assumé, porté sur la ballade sans l’exigence du temps pour un concert sensuel et profond…

-Maxime Bouchard

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