"Not All that Jazz"

Canada Day for Happy Few…

In Compte-rendu on 5 mars 2012 at

*crédit photo: Jim Newberry

Compte-rendu du concert de Canada Day présenté le 4 mars 2012 à la Casa del Popolo…

Canada Day for Happy Few…

Canada Day, présenté le 4 mars 2012, Casa del Popolo, Montréal.

On va mettre ça sur le dos du dimanche, un froid soir de mars, mais y’avait pas grand monde à la Casa del Popolo pour le quintet Canada Day d’Harris Eisenstadt. Je dirais une vingtaine de spectateurs. Je ne suis ni surpris ni étonné, mais je trouve que ça fait dure pareil…Soit le band est vraiment pas connu, soit le dimanche est la pire journée afin de présenter du jazz de qualité dans la métropole. Dommage pour eux, mais les absents ont loupés l’occasion de se frotter à l’un des quintet les plus habile, sérieux et pertinent à visiter Montréal récemment.

Canada Day est mené par son batteur Harris Eisenstadt (il signe aussi les compositions). Canadien d’origine, il dirige ce groupe depuis quelques années en format quintet, mais aussi en octet depuis peu (un album est désormais disponible sur 482 Music). Les 4 autres musiciens sont tous des instrumentistes très actifs dans le jazz de création et la musique d’avant-garde : Nate Wooley à la trompette, Matt Bauder au sax ténor, Chris Dingman au vibraphone et Garth Stevenson à la contrebasse. Leur visite à Montréal était inscrite dans une tournée d’un peu moins de dix dates qui les menèrent de la Californie à l’est du continent…Cette tournée devant culminer par l’enregistrement de nouveau matériel pour un album à paraître plus tard en 2012.

En ce sens, la musique jouée pour les quelques « happy few » de dimanche comprenait des nouvelles compositions, une pièce récente arrangée de l’album en octet de même qu’une plus ancienne…Ils jouèrent deux sets d’environ 45 minutes. Un premier set plus énergique afin de donner le ton suivi d’un deuxième set plus contemplatif, bluesy et mid-tempo.

Ce que propose Canada Day c’est un jazz actuel, vif et pensé où l’écriture et les arrangements sont très importants. Ainsi, les musiciens ont leurs partitions sur scène afin de rendre avec justesse l’imaginaire du batteur (on s’entend aussi que cette tournée leur permet de répéter ses compositions avant de rentrer en studio où elles auront atteint un statut plus travaillé, mûre et personnel). Sous une apparence de simplicité (selon moi c’est un jazz assez accessible) se cache une compréhension de l’écriture musicale supérieure à la moyenne. Chacune des pièces possèdent des éléments sur lesquels le spectateur peut s’accrocher. Des mélodies, des riffs, des thèmes accrocheurs, des intros, des ponts, de l’improvisation, une finale. C’est un jazz écrit avec de la place pour la liberté contrôlée. C’est surtout catchy, joyeux, bouncy…Les musiciens sont doués, donnant à cette musique un aura de rigueur facile. C’est un genre de post-bop raffiné, proche des années 60, proche du Third Stream, un peu frondeur, flirtant avec le free-bop où les nombreuses variations rythmiques rendent les compositions originales et intrigantes. Nous sommes loin des partitions thème-solo-solo-solo-thème…

Ici, la contrebasse sera toujours présente, dans un rôle d’ancre souvent boppy et bluesy, on tape du pied. Je ne crois pas que nous avons affaire à un surdoué de son instrument. Cependant, la belle rondeur des notes et le caractère « swingant » de son jeu est remarquable. Le batteur pour sa part maintient le rythme avec agilité usant beaucoup des cymbales, emplissant les intervalles, rien ne tombe. Il accélère ou ralenti le tempo souvent, jouant avec le temps comme un élastique. Le son qu’il dégage est crispy, sec et tranchant. Le vibraphoniste Dingman est le coloriste du groupe. Sans lui, ça serait tout autre. Utilisant toujours 4 baguettes il fait résonner ses lames en accord avec les autres instruments ou juste en retrait. Touche de mystère funky, il pigmente par quelques bons bang bang étirant les notes avec la pédale. Il ne joue pas trop vite, il ne prendra pas réellement de solo (peut-être une fois), mais il demeure central dans l’équation.

Face à lui se trouve les deux solistes principaux, Matt Bauder et Nate Wooley. Ils jouent souvent ensemble, puis de manière décalée, leurs lignes s’entrecroisant pour mieux se distancer. Des deux instruments, il semble que ce soit la trompette que l’on remarquera le plus. Wooley est certainement l’un des trompettistes les plus singuliers de sa génération. Capable de prouesse technique hors du commun, il nous a encore démontré avec retenu les possibilités harmoniques de son instrument. Pouvant être très rapide, il joua quelques bons solos où le souffle ténu se mélangera aux propices attaques. Toutefois, encore ici, c’est la composition qui prédomine, pas de grandes envolées torrides ni d’improvisations fleuves.

De son côté Bauder joue un rôle plus effacé, mais tout de même efficace dans ce quintet. Il est comme la source de chaleur, le son plus gras de l’ensemble. Un peu « cool » dans son approche, on pense aux vieux ténors man de la belle époque 50’s lorsqu’on l’écoute. Sans bavures, sans fioritures, il tient son jeu propre, ne jouant pas trop fort malheureusement, mais ce sans négliger la qualité d’un phrasé impeccable.

Ce fut une soirée pour quelques privilégiés, concert intime pour du jazz actuel de haut niveau. On va s’en rappeler longtemps…Mon plus beau Canada Day à vie !

Pendant ce temps à TVA…

Canada Day, présenté le 4 mars 2012, Casa del Popolo, Montréal.

Harris Eisenstadt, batterie et composition;

Nate Wooley, trompette;

Matt Bauder, sax ténor;

Chris Dingman, vibraphone;

Garth Stevenson, contrebasse…

*Pour en savoir plus sur Harris Eisenstadt, excellente entrevue de Peter Hum sur le site du Ottawa Citizen (en anglais).

-Maxime Bouchard

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