"Not All that Jazz"

Compte-rendu, SFJAZZ Collective à L’Astral, Montréal, 12 octobre 2011, 20h…

In Compte-rendu on 13 octobre 2011 at

Retour du collectif de San Francisco autour de l’oeuvre de Stevie Wonder…mes impressions !

SFJAZZ Collective, mercredi 12 octobre 2011, L’Astral, 20h…

Miguel Zenon (sax alto), Mark Turner (sax tenor), Avishai Cohen (trompette), Robin Eubanks (trombone), Stefon Harris (vibraphone), Edward Simon (piano), Matt Penman (contrebasse), Kendrick Scott (batterie)

*Attention, contient des parenthèses…

Parfois dans la vie, mieux vaut ne pas avoir le choix. Comme hier par exemple. Un simple mercredi d’octobre à Montréal, tu te dis je vais aller au concert question de mettre derrière soi toutes ces mauvaises pensées éthiques de construction de la collusion d’un parti politique envers son chef, puis paf…ya trop d’offre ! Comment ça trop ? C’est jamais trop tu vas me dire puis tu as bien raison, mais trop dans le sens de se sentir mal de manquer tel concert pour voir tel autre. Un peu comme choisir Ryan Kesler dans son pool plutôt que Claude Giroux mettons…pas un mauvais choix, mais…

Hier, j’avais donc plusieurs options, j’ai choisi la confortable et j’ai bien fait ! Je suis allé voir le SFJAZZ Collective à L’Astral. C’était la deuxième fois que je voyais ce collectif (normalement, il change de membres et de répertoire à chaque année, mais cette année les mêmes musiciens que l’an dernier sont de retour). Pendant ce temps, il y avait à l’OFF festival de jazz The Element Choir Projet (assez pété comme projet), puis à L’Envers un trio fantastique de free-jazz hollandais, Braam/DeJoode/Vatcher. Tu vas me dire, ouais, mais y’a-t-il assez de public pour toutes ces propositions ? La réponse semble être oui. Montréal n’a rien à envier aux autres villes en matière de jazz (à part New York, mais la Grosse Pomme, c’est, you know, the real thing !)

Une fois la certaine déception de manquer tout ce si bon jazz (ah, si seulement comme dans le roman d’Apollinaire j’avais le don d’ubiquité) je suis arrivé à La Maison du Festival (placez ici le nom d’un commanditaire très présent dans ma région natale, le Saguenay-Lac-St-Jean) un peu en avance. Ça tombait bien, il y a avait au 2e étage, lui aussi commandité, le vernissage d’une exposition d’œuvres de Jean-Paul Riopelle. Qui dit vernissage, dit vin gratuit et personnalités sélectes en mode j’aime la peinture (ou plutôt la gravure) ! Raoul Duguay nous a même joué de la trompette, ataboy ! Les tableaux, pour la plupart des lithographies sont très colorés et très chers…Hiboux, oies…J’ai aussi visité le petit musée du FIJM adjacent. Très bonne idée, mais rien pour écrire à sa mère…

À 20h, le concert débuta…Encore une fois, le groupe s’amena sur scène, qui semblait pour l’occasion très petite, sans présentation (I don’t know why…) Au devant il y avait le vibraphone, puis le trombone, la trompette et les deux saxophones. À l’arrière, le piano, la contrebasse et la batterie. À chaque année le collectif se renouvelle autour d’un compositeur (par le passé, Ornette Coleman, John Coltrane, Herbie Hancock, Thelonious Monk, Wayne Shorter, McCoy Tyner, Horace Silver). Cette année, pour une première fois c’est l’œuvre d’un artiste populaire, en l’occurrence Stevie Wonder, qui fut arrangée. Chacun des membres du collectif arrange une ou des pièces du compositeur tout en composant des morceaux originaux. Mercredi, nous avons eu droit à 9 pièces, déclinées sur deux sets.

Dès le départ, le groupe affirma sa nature propulsée par l’énergie du vibraphoniste Stefon Harris. Il est clair que nous sommes devant un groupe de calibre international aux racines mondiales (les membres représentants les pays suivants : Venezuela, Porto-Rico, États-Unis, Israël, Nouvelle-Zélande.) La musique sera mid-tempo, avant de s’enliser dans une ballade puis de repartir de plus belle avant l’entracte. Pour être franc, je ne suis pas là pour entendre du Stevie Wonder, je m’en fou, je veux voir et entendre des musiciens de haute tenue. Individuellement, ils sont tous des leaders, des artistes originaux. Ensemble, ils perdent un brin de leur saveur et c’est normal, le collectif ayant préséance. Le tout n’est pas supérieur à la somme des parties…

Les pièces se ressembleront par leur structure. Début en solo, ou en trio, puis les autres musiciens rejoignent l’ensemble, thème avec plusieurs lignes harmoniques intéressantes, solo d’un ou deux musiciens supporté par la section rythmique, puis retour de l’ensemble, coda, ensuite nouveau solo, etc.…La clé du collectif réside dans les arrangements fabuleux qu’ils opèrent aux morceaux. Il y a beaucoup de texture, des sonorités complexes, il faut être aux aguets afin de bien capter l’information, l’œil nous aide où l’oreille flanche. Au piano, Simon se fait discret, tellement que si on ne le regarde pas, nous l’oublions, richesse des arrangements je vous dis (son solo viendra en deuxième partie dans une pièce aux accents latins.) Il est dans l’ombre du vibraphoniste Harris. Énergique, enjoué, il présentera le groupe en français (Matt Penman aussi nous parlera français.) Le son du vibraphone est une composante essentielle de cet ensemble. C’est le nœud et le lien entre les cuivres et la section rythmique.

Le meilleur solo de la soirée viendra d’Avishai Cohen (sur la première pièce du deuxième set.) Avec l’intensité d’un Hubbard, l’énergie d’un Charles Tolliver ou le timbre d’un Miles Davis, il signera des longues phrases pointues, sèches, énergisantes, grisantes, au grand plaisir de la foule. Le deuxième meilleur solo sera celui de Zenon au sax alto. Notons la présence toujours sans failles d’Eubanks au trombone (bon solo dès l’ouverture du concert) le vétéran du groupe à 55 ans. Mark Turner pour sa part se fait discret. Le batteur Kendrik Scott, caché derrière, fait son travail en maintenant la cadence, jouant beaucoup du rebord de la batterie, tel Art Blakey, et usant régulièrement du hi-hat et des cymbales. C’est dommage qu’il soit caché…

Le funk/R&B de Wonder se fera sentir plus particulièrement sur deux morceaux. Premièrement sur The Economy de Matt Penman. Un gros groove de contrebasse-batterie ouvrira ce qui sera l’une des meilleures compositions au programme. Un brin alambiquée, très moderne et fraîche, cette composition aux mesures variables ravira le public qui attendait depuis déjà quelques longues minutes une bonne dose d’énergie (elle fut jouée après une ballade.) Puis, deuxièmement, avant le rappel l’inoubliable Superstition que tout le monde attendait…Opération réussi avec une ouverture piano-contrebasse-batterie-trombone, suivi d’un chorus intense et de bons solos directs.

On retient donc de cette soirée un jazz propre, actuel, accessible, mais relativement complexe lorsqu’on y regarde de plus près. Sous une certaine facilité se cache beaucoup de travail d’écriture. Mes bémols : pas assez de périodes d’improvisations très libres (quoi qu’à un moment donné, Cohen ira jouer de sa trompette dans le piano ouvert) et pas assez de solos décrassants…mais ça c’est moi. Très belle soirée !

SFJAZZ Collective

Miguel Zenon (sax alto), Mark Turner (sax tenor), Avishai Cohen (trompette), Robin Eubanks (trombone), Stefon Harris (vibraphone), Edward Simon (piano), Matt Penman (contrebasse), Kendrick Scott (batterie)

L’Astral, 12 octobre 2011, 20h…

Programme :

Race Babbling (arr. Robin Eubanks)

Visions (arr. Stefon Harris)

Family (comp. Avishai Cohen)

The Economy (comp. Matt Penmann)

Entracte:

Young and Playful (comp. Edward Simon)

Blame It On the Sun (arr. Mark Turner)

Creepin’ (arr. Matt Penman)

Superstition (arr. Miguel Zenon)

Rappel:

Life Signs (comp. Stefon Harris)

– par Maxime Bouchard

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