"Not All that Jazz"

Compte-rendu, Fire Into Music, juin 2006, Sala Rossa

In Compte-rendu on 13 octobre 2011 at

un autre vieux texte de mon ordi (avec, bien sur, des fautes…en traitement)

Lullaby of Birdland via Montréal.                                        Rimouski 23 juin 2006

La musique en feu par 4 pyromanes un soir de hockey.  Grandeur du musicien et expression dégagée des clichés dans le son pour le peuple.

 

« Car de ces heures que, du fond de l’oubli, je ramène vers moi, s’est conservé surtout le souvenir intact d’une pure émotion, d’un instant suspendu dans l’éternité. »

– Albert Camun in L’envers et l’endroit

Le dimanche soir, j’ai réalisé quelque chose.  Demain, le 19 juin, c’est le 7e match de la finale de la Coupe Stanley.  Mais un instant, j’ai un concert aussi. Ah! Toute cette saison pour manquer l’affrontement décisif, ultime. Qu’importe, la fraîcheur de la glace sera remplacée par la chaleur du jazz, encore une fois. Le groupe Fire Into Music s’en charge. Avant même la première note jouée, je savais qu’en ce lundi, j’allais vivre une expérience musicale unique, virulente, chaude.

Nous étions conviez pour l’ouverture des portes à 21 heures à la Sala Rosa.  Moi, désirant une bonne place, il me fallait donc m’y rendre à l’avance. Disons y être pour 20h30. J’étirai le maximum possible, question de voir les Oilers sauter sur la patinoire. En chemin, je m’arrête devant une taverne. God damn ! Aaron Ward vient de la mettre dedans. Je repars, faut pas prendre trop de retard, j’appréhende une bonne foule pour ce groupe new-yorkais. Le tout Montréal n’est sans doute pas au fait, mais ce soir il y aura des étincelles. Les vrais amateurs ne peuvent manquer ce rendez-vous privilégié avec Steve Swell (trombone), Hamid Drake (batterie), Jameel Moondoc (saxophone alto) et William Parker (contrebasse). Moi, je connais Parker depuis à peine deux ans par l’entremise du David S. Ware Quartet. Il est fascinant. Un jour, il sera reconnu comme le Mingus de son époque, en plus free. Les autres musiciens me sont moins familiers, outre Drake qui hypnotisera chacun de nous cette soirée-là.

À mon arrivée, il y a une petite file d’attente qui se rallongera considérablement. Oh! Mais quelle satisfaction, dans le restaurant adjacent il y a téléviseur. Comble de tout, de ma position dans la file, je vois le match qu’on y présente à travers une grille à 45 degrés.  Magnifique. C’est 1-0, fin de la première période.  Nous patientons en sachant très bien que les mots clés de ce concert seront lucidité, dynamisme, écoute, intensité, feu. Sur le point d’entrer, les Canes se voient refuser un but lors d’un jeu controversé. Ich, ouf, gardons confiance. No goal ! Rien n’est perdu, pendant que le mouvement s’installe nous pénétrons dans l’accueillante Sala Rossa. Je m’assoie deuxième rangé juste en face de la batterie. Je ressens une frénésie également partagée par ceux et celles prenant place rapidement sur les chaises libres. Après 30 minutes, une bière plus tard, l’endroit est plein. Je vais me faire des réserves en profitant pour épier la foule. Partagé entre jeunes étudiants ou professionnels et des vieux de la veille, le jazz rassemble, détruit, disperse puis unis les classes sociales plus qu’on ne le pense. Son pour le peuple, son pour l’espoir.

Doucement, les gens discutent de moins en moins bruyamment, puis un musicien sort de coulisse, puis deux, trois, quatre. Applaudissement, je dis au gars à ma droite « ça va être intense. » Silence, Fire, lift up ! Le Quartet débute ensemble, dépose le thème, enchaînant sur un solo de Parker à l’archet. Je ne peux le voir. Cause : le lutrin du saxophoniste est dans mon champ de vision. Ah ! Par contre, j’aperçois ses deux mains.  Pas grave, je me rabats sur le tromboniste le rejoignant dans l’improvisation. Il est solide ce mec.  Malgré que jouer de cet instrument semble difficile, impliquant une demande physique hors norme, il s’impose. Le Quartet revient ensemble pour transférer vers le trio saxophone-contrebasse-batterie avant un rythmé duo contrebasse-batterie. Tout au long du concert, Parker et Drake nous offriront dans une complicité totale, les moments les plus mémorables de la soirée.  La première pièce se termine par un solo de batterie simplement enlevant.  Je n’ai jamais entendu rien de tel live, le feu est pris.

Le set initial comprendra quatre pièces. Elles sont toutes montées de la même manière, ou presque.  Un thème, des solos, des duos, des trios, revient vers le thème, à nouveau des solos, finale en groupe. La section rythmique s’amuse avec la cadence, accélérant, réduisant le tempo, changeant de cordes tout en relançant le quartet vers de nouvelles avenues. L’on croira entendre un blues par-ci, une ballade par-là, la contrebasse imposant une structure magnifiante.  Je m’amuse à tenter d’isoler chacun des instruments dans sa propre improvisation. Je balaie du regard Drake, puis Moodoc, Paker et Swell, m’arrêtant sur le batteur tout en suivant sa pensée. Laissez-moi vous dire que je me fou complètement de ce que peux dire le tapis Cherry à Coaches Corner.  Je suis ici et ailleurs, à l’envers, à l’endroit. Parker nous éblouira avant l’entracte avec une performance en duo contrebasse-batterie dans une pièce de plus de vingt minutes enchaînée suite au meilleur solo de Drake du concert. C’est la pause.  Nécessaire pour que notre cerveau puisse assimiler la surdose d’énergie ainsi accumulée. Je descends en bas. Intéressant; j’arrive à temps pour le but dans le filet désert. Je suis content pour un seul joueur, Brind’Amour, mais juste un brin. Maudit Cam Ward à marde.

La deuxième partie sera d’autant plus enlevante qu’inventive et lascive. Drake débute en usant de ses mains directement sur les peaux de son instrument. Départ lent puis passage en trio. Transition subtile vers la contrebasse. Suspension inédite du temps. Parker se découvre, Moondoc allant en arrière de la scène lui laissant le monde à construire. Ce sera immense. Il utilisera les possibilités aiguës qu’offre son outil, visitant différentes régions musicales. Les trois autres musiciens ont les yeux fermés, branlant de la tête, sachant très bien où Parker se dirige. Ce dernier nous submerge, retrouve le thème, le quartet remballe, l’on crie, siffle, le frisson maniaque. Wow !

Ensuite, ils y vont dans le free-fast. Ici, c’est au tour du trombone et du saxophone alto de nous tenir en haleine. Plus ou moins impressionnant jusqu’ici, Moondoc se révèle alors comme un admirable créateur. Rapide, il compose des phrases brèves en continuités lyriques évidentes. Finalement, tel l’entrée à bon port, le tout se termine dans un sentiment de joie et de mélancolie face au point initial. Standing ovation, bravo, bravo ! L’on aura droit à un rappel, un seul. Paker utilisera l’archet, évoquant le tout début du spectacle, tandis que le groupe s’exécutera en un ensemble parfait d’écriture saccadée, le saxophoniste s’exprimant même verbalement. S’achève ainsi un deux heures fiévreux de folie artistique pure. Ils nous ont donné le feu, à nous d’aller le porter aux corps froids nous entourant.

Les Canes ont malheureusement gagné la Coupe Stanley, mais les réels gagnants de ce lundi 19 juin 2006 furent finalement ceux et celles qui, bravant la difficulté originale d’accepter ce style musical, l’ont embrassé dans sa totalité. Nous étions à peine deux cents, nous étions comblés. J’ai patienté quelques jours avant d’écrire ce compte rendu. Il me fallait décanter, me refroidir. Le fleuve St-Laurent s’en occupa pour moi. Hier, je marchais le long de celui-ci à Rimouski. Point de vue saisissant, je pensais au concert. Brad Mehldau déchainé au piano dans mes oreilles, que vais-je écrire ? Comment faire comprendre à quel point c’était bon, fantastique, vrai, instantané. Melhdau, le St-Laurent, me donnèrent la réponse. Fait comme eux, comme nous, improvise. En terminant ce texte dans un café rimouskois sous la voix touchante d’Ella, je peux affirmer sans contrainte que le feu est toujours là, brûlant en moi.

Fire Into Music, présenté le 19 juin 2006 à la Sala Rosa dans le cadre du Suoni Per il Popolo. Contrebasse- William Parker, Batterie- Hamid Drake, Trombone- Steve Swell, Saxophone alto- Jameel Moondoc.

-Maxime Bouchard

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