"Not All that Jazz"

Compte-rendu – Globe Unity Orchestra

In Compte-rendu on 28 septembre 2011 at

« That means I don’t have to play anything pretty, or something that’s not challenging you. It can send you out the door, and that’s fine, too, because it might stay with you and make you think of something much later. My music’s not about your immediate reaction to what I’m doing, but what it’s doing for you and to you. That’s my hope. »
Henry Threadgill

Jazz Marathon – Jour 5
par Maxime Bouchard

Je revenais d’un tournoi d’improvisation à Joliette. J’étais fatigué raide. 10 heures de sommeil en 3 jours, dans un motel crade avec 50 autres personnes… Vous vous en doutez sans doute, mais un tournoi d’impro c’est beaucoup plus à l’extérieur de la patinoire que ça se passe. Le niveau mental fluctue selon la soirée. La brillance côtoie la vulgarité. Chose sur, on rit en masse. Suis arrivé chez moi en me disant « je vais faire une sieste puis hop là on s’en va à la Sala Rossa ». J’ai du me motiver pour y aller. Les arguments étaient pourtant faciles. Le Globe Unity Orchestra, heille je ne peux pas manquer ça. Le groupe existe depuis 40 ans, c’est seulement la 2e fois qu’il vient à Montréal, avec plusieurs membres fondateurs en plus. Je serais idiot de me laisser envahir par la fatigue à ce point. Au contraire, je risque d’y aller chercher beaucoup d’énergie !

Je pense souvent au parallèle à faire entre l’improvisation, le jeu comme on le joue ici au Québec et le free-jazz ou le jazz en général. La base est presque la même, on improvise selon des contraintes physiques. Dans la limite du possible, on veut être compris, faire passer un message et surtout faire rire dans le cas du jeu ou émouvoir dans le cas du free-jazz. C’est la recherche constante, c’est la vie puis la mort en direct dans l’art. Par-dessous tout selon moi, le lien le plus fort se situe au niveau de l’écoute. Créer une histoire à partir de rien, sinon de 2 ou 3 contraintes simples (thème, temps, catégorie) demande un niveau d’écoute entre les joueurs que je qualifierais parfois de subliminal. Chacune des répliques entraînent l’improvisation dans un endroit insoupçonné. Tout peut déraper facilement, on peut s’ennuyer, tomber dans les lieux communs. Au contraire, grâce à l’habileté de certains joueurs, l’improvisation peut « lever ». La situation est drôle, les personnages crédibles, les répliques parfaites, tout semble tomber au bon endroit comme si l’improvisation avait été écrite à l’avance puis mémorisée. C’est ce qui fait la magie de cet art, nous savons que tout fut créé à l’instant même.

Dans le free-jazz, l’écoute des musiciens est aussi importante, sinon plus. Comment s’insérer dans l’ensemble, où ralentir le tempo, quel rythme emprunter, jusqu’où aller, quoi dire, quoi ne pas dire ? Pour que l’improvisation, la musique plaise aux spectateurs, il doit y avoir quelque chose de particulier. Au-delà de la technique individuelle des musiciens, c’est le jeu d’ensemble qui fera foi d’une bonne performance ou non. Dans le public on peut le sentir. Il y a des mauvaises improvisations, il y a du mauvais free-jazz. Ce n’est pas parce que ça l’air de n’importe quoi, que ça doit se faire n’importe comment…


Globe Unity Orchestra
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(Alexander von Schlippenbach, Evan Parker, Henrik Walsdorff, Gerd Dudek, Rudi Mahall, Axel Dörner, Johannes Bauer, Christof Thewes, Jean-Luc Cappozzo, Paul Lovens, Paul Lytton)

 

Suis arrivé à la Sala Rossa la tête pleine, pleine d’improvisation verbale comme une coulée de lave se durcissant tranquillement. Il y avait de l’information dans ma tête, j’avais besoin d’une défragmentation, y mettre de l’ordre un peu, synthétiser tout ça, y trouver un sens quelconque, n’importe lequel. Le concert allait peut-être agir comme un cheval de Troie…

Je me suis accoté au bar comme j’aime souvent le faire. Cette fois-ci je n’ai pas acheté de bière, j’en avais assez bu durant 3 jours. L’orchestre de onze musiciens s’est présenté sur la petite scène. Je me suis demandé si y’avait assez de place; ça l’air que oui. Un des deux batteurs était tout en avant à droite, à l’opposé du piano. Entre eux, trois saxophonistes et un clarinettiste (basse) en avant du deuxième batteur, puis deux trompettistes et deux trombonistes. Ça débuté comme un gros tracteur diesel, énergie lente, avec pétarade. Puis, une fois le moteur bien réchauffé ce fut dément ! Je ne sais pas jusqu’à quel point la structure de l’improvisation fut « calculée ». J’ai vraiment l’impression que les musiciens y vont avec l’expérience et les « sentiments ». Il y a beaucoup d’information qui rentre, les trombones glissent gras, comme la voix humaine, les trompettes volent haut, les sax tonitruent, les batteurs se déchainent, notamment Paul Lovens devant. Quel batteur mes amis. Avec sa chemise blanche et sa cravate noire on pourrait croire qu’il sort d’un film de Tarantino. Il a 62 ans, il fesse fort sur sa petite batterie, il n’arrête presque jamais, il joue rapide, parfois lentement, mais toujours énergiquement. À mon sens, les batteurs dirigent l’action. Le pianiste Schlippenbach se fait discret à mes oreilles. Les 10 autres musiciens l’enterrent littéralement.

À mesure que l’improvisation se développe, il y aura une série de solos de la plupart des instrumentistes. Le musicien s’avance alors, va vers un micro placé au centre de la scène, plus en avant. On y perçoit plusieurs sonorités intrigantes, de même que la personnalité propre à chacun des solistes. Ça devient intéressant. Il y aura quelques touches d’humour, mais pas de virtuosité. C’est au hasard, je crois, que les solos seront pris, selon l’esprit de l’improvisation. On attend le bon moment avant d’y aller de sa petite histoire. Derrière, l’orchestre joue sans relâche. Parfois un musicien garde le silence, avant de réintégrer l’ensemble où bon lui semble, comme un cadavre exquis musical.

L’improvisation se termine comme elle a débuté, tranquillement la musique s’arrête, la foule applaudie. De mon coté, je ne sais plus trop quoi penser. Je décode mal toute cette masse sonore. J’ai mal à la tête. C’est comme frapper un mur de plein fouet, ça varge…Après deux jours d’improvisation verbale me voilà fasse à de l’improvisation musicale à l’état brute. J’ai besoin de répit, de repos, sinon mon disque dur risque de planter. Je quitte à l’entracte, ce que je fais rarement. J’avais compris ce que j’avais à prendre…La musique est là quelque part, elle fait son travail…

Globe Unity Orchestra; (Alexander von Schlippenbach, Evan Parker, Henrik Walsdorff, Gerd Dudek, Rudi Mahall, Axel Dörner, Johannes Bauer, Christof Thewes, Jean-Luc Cappozzo, Paul Lovens, Paul Lytton)
Sala Rossa, 20 juin 2010, dans le cadre du Suoni Per Il Popolo

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